Mi-fugue, mi-raison

Labuan Bajo à Florès : le plaisir de se perdre

Publié dans la catégorie Indonésie, le 27 décembre 2016

Aaaah Florès, quelle belle île ! Longtemps nous garderons dans notre cœur son souvenir ! Dans le précédent article, souvenez-vous, nous vous avions laissés sur l’île de Lombok, en Indonésie. Celle de Florès se situe quelques îles plus loin, vers l’est.

Carte de Florès et les petites îles de la Sonde

Le nom Florès lui fut légué par les marins portugais. Ils sillonnaient la région en quête d’épices, mais ne trouvèrent ici que des fleurs : « flores » en portugais.

Cinq siècles plus tard, l’île n’est pas très prisée des touristes. La seule ville vraiment touristique est Labuan Bajo, celle que nous allons vous présenter dans cet article. Son succès, elle le doit au Parc national de Komodo tout proche, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Ces petites îles hébergent les fameux dragons de Komodo, les plus gros lézards sur Terre. Le sanctuaire marin qui les entoure serait aussi l’un des plus beaux sites de plongée au monde.

 

Labuan Bajo, la petite ville de bord de mer

En arrivant à Labuan Bajo, c’est la surprise. Nous avions plus ou moins abandonné l’idée de voir une jolie ville en Indonésie, mais là, nous trouvons Labuan Bajo presque belle, avec la sublime baie qui l’entoure et les dizaines de bateaux en bois qui y mouillent l’ancre. Comme notre hôtel se situe sur les collines qui surplombent la ville, nous profitons d’une superbe vue chaque fois que nous nous rendons dans le centre.

Labuan Bajo, Flores, Indonésie Labuan Bajo, Flores, Indonésie Labuan Bajo, Flores, Indonésie

En chemin, nous longeons de petites habitations où le linge sèche et la télévision scintille. La pudeur, qui nous fait accrocher des rideaux aux fenêtres dans nos contrées, est ici un concept assez abstrait. Souvent, un « Hello » parvient à nos oreilles et nous mettons du temps à trouver la tête souriante qui l’a émis, derrière une fenêtre ou une porte ouverte. Les enfants sont particulièrement drôles et n’hésitent pas à nous aborder !

Enfants joueurs dans les rues de Labuan Bajo Enfant à Labuan Bajo, Flores

Enfants dans les rues de Labuan Bajo

Vendeur de rue à Labuan Bajo, Flores

Avez-vous déjà vu une aussi belle cuisine ambulante en bois massif ?

 

Soir d’orage sur la baie de Labuan Bajo

Le premier soir, nous trouvons un petit restaurant situé au troisième étage d’un bâtiment, un excellent point de vue, dans une ville où les maisons ont rarement plus d’un étage. Les toits de tôle ondulée apportent curieusement à la ville une belle harmonie.

Labuan Bajo, Flores, Indonésie

À peine le soleil est-il couché que les haut-parleurs d’une mosquée toute proche crépitent et se lancent dans l’appel à la prière. Alors que l’obscurité se répand, un orage éclate au-dessus de la mer face à nous. Les éclairs sont impressionnants et nos voisins espagnols sursautent d’un mètre à chaque fois en s’écriant « Hostia! ». Quelle entrée en matière pour notre première soirée sur Florès !

Labuan Bajo, Flores, Indonésie

 

Une croix sur Komodo

Dessin : Gaston le dragon de Komodo

Nous visitons plusieurs agences pour nous renseigner sur les tarifs des excursions vers le parc national de Komodo et… flûte, c’est cher : au minimum 550 000 Rp par personne pour le trajet en bateau, un repas, les droits d’entrée du parc, avec en supplément le ranger qui garde les dragons à distance pour qu’ils ne mangent pas les touristes. Nous sommes verts. Nous avons déjà pas mal dépensé en excursions bateau les semaines précédentes alors, à contrecœur, nous prenons la décision de ne pas faire cette sortie. Heureusement, il y a bien d’autres choses à voir sur la terre ferme…

 

Tomber par hasard sur des paysages grandioses

Pour compenser, nous louons un scooter et partons à la découverte des routes de la région, notre activité préférée ! Nous trouvons facilement un scooter. La jauge d’essence est à zéro, mais le loueur nous assure que le réservoir est à moitié plein. Nous prenons la route en nous disant que la jauge déraisonne, comme sur un autre scooter loué précédemment. Ha ha, quelle erreur de débutant ! Au bout de dix minutes, nous sommes à sec, coincés par une montée de chaque côté.

Dessin : panne d'essence

Nous sommes obligés de retourner jusqu’à Labuan Bajo à pied pour trouver du carburant. Il est vendu, de base, dans de vieilles bouteilles d’eau minérale, pratiques à transporter.

Cette fois-ci, c’est parti pour de bon ! Un peu par hasard, nous avons choisi la direction du nord et il faut croire que notre chance est revenue car nous arrivons rapidement dans un paysage de collines qui nous laisse bouches bées.

Collines et mer à Labuan Bajo, Flores Collines et mer à Labuan Bajo, Flores

Nous apprendrons plus tard que ce lieu, appelé Love Hill, est réputé notamment pour ses couchers de soleil.

Collines et mer à Labuan Bajo, Flores Collines et mer à Labuan Bajo, Flores

Nous suivons un panneau qui indique un hôtel un peu plus loin et parvenons à la paisible plage de Waecicu Beach. Un ponton s’enfonce dans la mer et la petite cabane qui s’y trouve rejoint directement notre « Top 3 » des meilleurs endroits où nous avons accroché notre hamac !

Waecicu Beach, Labuan Bajo, Flores

Repérez-vous le hamac ?

Waecicu Beach, Labuan Bajo, Flores

Nous retournons sur la Love Hill pour attendre le coucher de soleil au milieu de familles indonésiennes. Malheureusement ce soir-là, l’astre fait son timide derrière les nuages.

Coucher de soleil sur la baie de Labuan Bajo, Flores

La cascade manquée

Le jour suivant, nous décidons de nous rendre à la cascade Cunca Wulang, à une heure de route environ. Cette fois-ci nous partons confiants, le réservoir plein !

Nous empruntons la route principale de Florès, appelée « Trans-Flores Highway ». N’allez pas croire qu’il s’agit d’une autoroute, elle est toute petite et possède autant de virages qu’un plat de spaghettis !

Maisons traditionnelles de Flores, Indonésie

De traditionnelles maisons sur pilotis, avec la traditionnelle vache dans le jardin et le traditionnel linge qui sèche

Comme à Lombok, des flopées de petits enfants marchent le long des routes en se tenant par le cou, avec de gros cartables sur le dos. Dès trois ou quatre ans, ils se rendent tout seuls à l’école. La Trans-Flores grimpe rapidement dans la montagne et nous offre des panoramas de nature bien verte, avec la mer au loin.

Au bout de quarante-cinq minutes, sans explication, le pneu arrière de notre scooter émet un gros sifflement. Nous mettons pied à terre pour inspecter ce fichu empêcheur de rouler en paix mais notre regard est vite attiré par une découverte bien plus intéressante.

– Oooh, regarde au bord de la route ! Des princesses timides !

Le mimosa pudique, ou « shy princess » en anglais, est probablement notre plante préférée ! Un simple effleurement et hop, elle se replie sur elle-même. Après, c’est comme éclater du papier bulle, impossible de s’arrêter. Depuis quelques années, nous touchons toutes les plantes qui y ressemblent, mais il est rare qu’il s’agisse de l’espèce qui se replie. Vous comprenez notre joie !

Mimosa pudiqueMimosa pudique

Nous sommes interrompus par des Indonésiens qui ont aperçu le pneu dégonflé. Ils nous indiquent le garagiste le plus proche qui n’est qu’à deux cents mètres. Soit nous avons beaucoup de chance, soit il y a des réparateurs de pneus partout dans ce pays. La réalité doit se situer entre les deux. Notre chambre à air donne du fil à retordre au garagiste car la valve s’est carrément décrochée. Il tente tout un tas de bidouillages loufoques avant de jeter l’éponge et nous demander d’aller acheter une nouvelle chambre à air dans une boutique plus loin.

Garagiste à Flores, Indonésie

Cette fois c’est bon, nous allons pouvoir en découdre avec cette cascade. Nous observons tout de même d’un œil suspicieux la voisine du garagiste ramasser le riz qu’elle avait mis à sécher au bord de la route. Et cela ne manque pas, au bout de quelques minutes, des trombes d’eau nous tombent dessus !

Nous nous réfugions sous le premier abri que nous croisons, une petite bicoque qui fait office d’épicerie. À l’intérieur, une femme et son fils nous accueillent avec d’immenses sourires. Ouf, nous sommes bien tombés ! Ils ne comprennent presque pas l’anglais mais sont adorables. Nous commandons des mie goreng instantanés, ainsi que des cafés et des biscuits.

Nouilles instantanéesCommuniquer grâce aux dessins

La pluie se calme, mais ne s’arrête pas. Deux vieux messieurs passent à pied en nous saluant de toutes leurs dents. Nous sentons qu’ils ont envie de parler et nous leur proposons des biscuits qu’ils acceptent volontiers en nous rejoignant à table. Ils ont un bon niveau d’anglais et nous discutons de tout et de rien. Ils connaissent le principal sur la France : il y fait froid et nous sommes forts en foot !

Ils se mettent ensuite à nous présenter les arbres alentour. Celui-ci produit des noix de macadamia, celui-là des fruits rouges comestibles… Nous sortons un petit carnet de dessins faits pour aider à communiquer dans une langue inconnue (le G’Palémoi). C’est un gros succès, ils se marrent en épluchant toutes les pages pour nous enseigner des mots indonésiens. Devant le dessin d’une église, ils nous expliquent qu’ils sont catholiques, comme la majorité des habitants de Florès. Nous sommes athées mais faisons semblant : « Yes I’m Christian… Christian-o Ronaldo! ». Cette petite blague fait un tabac. Ils hurlent de rire à s’en taper les cuisses et s’empressent de la traduire à la femme qui tient la boutique.

Petite épicerie à Flores

Les nuages continuent de laisser tomber une petite pluie, alors nous laissons tomber la cascade. Nous repartons dans l’autre sens, par peur de patauger sur le chemin qui est, paraît-il, déjà difficile lorsqu’il ne pleut pas. Nous n’avons rien vu de notre programme de la journée, mais c’était beaucoup mieux ainsi !

 

Le marché aux poissons de Labuan Bajo

En fin de journée, à Labuan Bajo, c’est vers le petit port qu’il faut se rendre.

Port de Labuan Bajo, Flores Port de Labuan Bajo, Flores Port de Labuan Bajo, Flores Port de Labuan Bajo, Flores

Tous les soirs, des cuisiniers installent leurs stands près du port. Le lieu est appelé marché aux poissons, même si le vrai marché se trouve un peu plus loin. C’est un endroit bien sympathique où dîner d’un poisson grillé au barbecue, mais pas seulement : patates frites, bananes plantains frites, tempeh frit, galettes de maïs frites, crêpes frites… Pas le repas le plus léger qui soit mais nous nous régalons !

Port de Labuan Bajo, Flores

Ce soir-là, nous avons droit à l’un des couchers de soleil les plus majestueux de notre vie. Une vive lumière orangée embrase longuement le ciel entier, avant de rougir, puis de mourir derrière les petites îles de la baie. Wouaaaah !

Coucher de soleil au port de Labuan Bajo Coucher de soleil au port de Labuan Bajo Coucher de soleil au port de Labuan Bajo Coucher de soleil au port de Labuan Bajo

 

Notre avis sur Labuan Bajo

Nous n’avons pas fait grand-chose de ce qui était prévu, mais nous avons adoré cette étape. Les magnifiques paysages ne présagent que du bon pour la suite de notre voyage sur l’île de Florès. Nous ne recommandons pas forcément de zapper le parc national de Komodo mais il serait dommage de ne pas consacrer un ou deux jours de plus à Labuan Bajo, qui a bien plus à offrir que des sorties de plongée.

 

Conseils pratiques sur Labuan Bajo

Hôtel : Nous avons séjourné à l’Hotel Green Prundii, que nous recommandons. Les chambres ne sont ni très belles, ni très confortables, mais il ne faut pas être difficile sur l’île de Florès. L’hôtel possède un beau jardin et même la climatisation, ce qui n’est pas un luxe. Il se trouve un peu à l’écart, à quinze minutes à pied du centre-ville, ou dix minutes avec leur navette gratuite.

Restaurant : Nous n’avons pas de restaurants de cuisine locale à recommander. En revanche, nous avons adoré dîner au Taco Bajo, un restaurant mexicain qui sert de délicieux burritos (dont un au tempeh pour les végétariens) ainsi qu’un guacamole exquis. Le service est super sympa et le troisième étage offre une superbe vue sur la baie.

Café : Le Mediterraneo est un restaurant plutôt haut de gamme, mais c’est ici que nous avons trouvé la meilleure connexion internet de la ville et que nous avons travaillé, en sirotant des boissons fraîches sous les ventilateurs.

Location de scooter : Plusieurs loueurs dans la rue principale proposent des scooters à 70 000 Rp la journée. En espérant que vous aurez moins de tuiles que nous !

Trajet vers Ruteng : Nous avions en tête l’idée de faire la route en bémo, ces minibus indonésiens colorés. Les habitants ont bien ri en entendant cela, car les bémos sont en fait réservés aux courtes distances. Ne faites donc pas comme nous et renseignez-vous sur les horaires de la compagnie de minibus Gunung Mas, qui sont directs, confortables et climatisés (9h et 13h le jour de notre départ).

Mi-fugue, mi-raison À propos de nous

Nous sommes deux fugueurs : nous avons changé de vie pour voyager en continu à travers le monde, sans date de retour. Ce que nous aimons, c'est prendre notre temps. Alors, nous avançons au gré de nos envies, sans nous précipiter, afin de nous imprégner des ambiances particulières à chaque coin du monde. Pour en savoir plus, c'est ici.


12 réponses à “Labuan Bajo à Florès : le plaisir de se perdre”

  1. Martine dit :

    C’est sympa de discuter avec les locaux !

    Magnifiques photos de coucher de soleil et un applaudissement spécial pour votre bande dessinée animée ! Bravo !

  2. Claire dit :

    AhAh ! Toujours aussi fan de vos carnets de voyage. Profitez bien des îles d’Indonésie et je suis avec attention vos prochains dessins !

    A pluch’!

  3. Mathilde dit :

    Fan de cet article ! Je ne savais pas que vous utilisiez un « G’Palémo » je me demandais si c’était vraiment utile… Je retiens la blague sur Christiano Ronaldo qui doit être assez universelle et…. whaou, quelles collines ! et quel coucher de soleil ensuite, on dirait que l’eau est en feu ! La nature vous a gâtés 🙂

    • mifuguemiraison dit :

      Nous nous sommes rarement servi du G’Palémo pour nous faire comprendre car nous étions dans des pays qui maîtrisaient dans l’ensemble bien l’anglais. Mais comme tu vois, ça marche vachement bien pour s’amuser avec des enfants et même des adultes !
      Oui, la nature à Florès, c’est vraiment quelque chose !

  4. Sego dit :

    Vous avez fait forte impression auprès des filles avec votre dessin animé ! On avait eu un mimosa sensitif dans nos paniers de légumes a Toulouse, mais il n’a fait qu’une saison.

    • mifuguemiraison dit :

      Si même les filles valident notre dessin animé, ça fait plaisir !
      Et c’est marrant que le mimosa sensitif puisse devenir une plante d’appartement.
      Grosses bises à vous

  5. geoffrey dit :

    Pas mal la cuisine ambulante !
    Est-ce que les collines sont pelées suite à déforestation ou naturellement ?
    Le gif envoie du lourd !
    Le G’Palémo est bien pour l’Asie, mais ensuite vous n’en aurez plus besoin si vous cherchez à faire perdre du poids à vos bagages.

    • mifuguemiraison dit :

      Les collines sans arbres semblaient naturelles, un peu comme en Écosse mais sans les chardons. Elles se retrouvent apparemment sur l’île de Komodo en face, alors qu’elle est protégée de l’action humaine et même aux Philippines (comme aux fameuses Chocolate Hills).
      Comme nous ne parlons pas espagnol (pour l’instant), nous nous disons que le G’Palémo servira aussi en Amérique du Sud !

  6. Bernard & Isabelle dit :

    Retour sur cet article, nous avions oublié de vous dire combien nous avions apprécié le dessin animé et puis aussi l’esprit de cette halte au cours de laquelle vous vous êtes laissés porter, avec bonheur, par les événements !

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