Mi-fugue, mi-raison

Popayán, Silvia et Ipiales, tout au sud de la Colombie

Publié dans la catégorie Colombie, le 14 juillet 2018

Notre séjour en Colombie touche à sa fin (¡Qué pena!) et nous mettons le cap plein sud vers le prochain pays. Mais avant de poser le pied en Équateur, nous réalisons trois belles dernières étapes colombiennes : Popayán, Silvia et Ipiales. Cette zone est si reculée qu’elle n’est finalement traversée que par les voyageurs au long cours, ceux qui enchaînent les deux pays par voie terrestre.

Pour nous rendre à Popayán depuis Salento, nous entreprenons un trajet de neuf heures dans les bus les plus délabrés de notre séjour. Nous ne résistons pas à l’envie de partager avec vous le slogan de l’une des compagnies :

Dessin : Velotax, les transports du futur, déjà dans le présent

 

Popayán, la ville blanche

Nous atteignons Popayán assez tard, un samedi soir, et ne démarrons notre découverte de la ville que le dimanche. Or, ici, les habitants prennent le repos dominical au pied de la lettre. Le centre nous semble particulièrement vide, calme comme un village espagnol à l’heure de la sieste.

Ville de Popayán, Colombie Ville de Popayán, Colombie Ville de Popayán, Colombie

Et puis, le lundi matin, l’activité repart de plus belle : les rideaux des commerces se lèvent, les grains de cafés sont moulus à la pelle, les clochettes des vendeurs de rue résonnent, les sacs à dos des étudiants débordent de classeurs… La transformation est spectaculaire.

Pour ceux qui ne seraient pas au courant, c’est-à-dire à peu près tout le monde, Popayán était une ville de renom. L’une des plus importantes de Colombie, à la fois sur le plan économique et culturel. Elle en a conservé de nombreux bâtiments de style colonial, de belles églises et l’une des universités les plus prestigieuses du pays.

Ville de Popayán, Colombie Université de Popayán, Colombie

Nous découvrons l’existence d’un Free Walking Tour, que nous n’aurions pas suspecté dans une région aussi peu touristique, et y participons illico presto. Grand bien nous en prend : les deux guides sont particulièrement motivés et se démènent pour nous expliquer tous les secrets de Popayán. Ils poussent même pour notre petit groupe les portes de quelques lieux pas du tout prévus pour les touristes. Nous découvrons plusieurs jolis patios et les anecdotes qui les accompagnent.

Patio de Popayán, Colombie

Tenez, dans l’une des pièces qui entourent le patio ci-dessus, un petit musée réside à la gloire de l’ancien président Mosquera. À l’intérieur, quelques-uns de ses objets personnels comme son dentier et, accrochez-vous, son cœur… qui ressemble plutôt à un vieux pruneau jauni. Quelle idée de montrer ça !

Pour rester dans le macabre, nous visitons avec nos guides le musée des processions de Pâques. Celles de Popayán seraient les deuxièmes les plus importantes au monde après Séville en Espagne. Surtout, l’ambiance du musée est particulièrement sinistre, avec des dizaines de statues de Jésus sanguinolent. Brrrr… Les statues sont promenées à travers la ville durant plusieurs jours, sur des poutres si lourdes que certains porteurs s’en déboitent l’épaule.

Rassurez-vous, tout n’est pas glauque dans cette ville, loin de là ! Nous qui pensions commencer à maîtriser la gastronomie colombienne, nous découvrons les spécialités délicieuses de ce département du Cauca.

Salpicón Payanés : jus de mûres local

Le salpicón payanés : un jus de mûre et lulo, avec des morceaux de guanábana

Du côté des boissons, le salpicón payanés ci-dessus est un régal, tout comme la lulada (une limonade de lulo) et le champus élaboré à base de maïs, fruits, miel et épices.

Côté aliments, il faut goûter aux empanaditas de pipián, de petits beignets fourrés à la patate et trempés dans une sauce aux cacahuètes, ou encore aux carantantas con hogao, des chips de maïs soufflées, agrémentées d’une sauce tomate aux oignons fondus. C’est savoureux !

Nos guides nous surprennent tant ils sont cultivés et ouverts sur le monde. Après nous avoir demandé comment s’appelle un fruit de la passion en français, ils se mettent à chanter « Vas-y Francky c’est bon ». Francky Vincent, étendard de la chanson française, qui l’eût cru !

Ville de Popayán, Colombie Pont de Popayán, Colombie Vendeur de rue à Popayán, Colombie

Un dernier conseil pour ceux d’entre vous qui suivraient nos traces à Popayán : n’hésitez pas, en fin de journée, à prendre un peu de hauteur en grimpant sur le Morro del Tulcán, une colline qui offre un beau point de vue sur la ville blanche.

Vue aérienne de Popayán, Colombie Popayán depuis le Morro del Tulcán, Colombie

Mais au fait, comment Popayán s’est-elle débrouillée pour devenir aussi blanche dans un pays aussi coloré ? La faute à une puce tropicale particulièrement coriace que seule la chaux parvenait à tenir éloignée. Les habitants, exténués, ont fini par en badigeonner toute la ville… et la tradition est restée !

Conseils pratiques sur Popayán

Hôtel : Nous avons déniché ici un super plan : un petit appartement entier, avec cuisine équipée, chez Casona Tulcán Galeria (~15€)i. Il est bien situé, à cinq minutes du centre, et les gérants sont amicaux et réactifs. Via le lien ci-dessus, vous retrouverez l’appartement intitulé « Chambre familiale standard ».

Restaurants : Pour dîner, nous vous recommandons le restaurant libanais Pita, qui sert, comme son nom l’indique, de bonnes pitas à composer soi-même.

Pour déguster des spécialités du coin, cela se passe chez Mora Castilla. N’arrivez pas avec une trop grosse faim, car ils servent essentiellement des snacks… mais ceux-ci sont excellents !

Café : Nous sommes allés plusieurs fois dans le joli café annexé à l’Hostal Caracol, que ce soit pour petit-déjeuner ou pour travailler en profitant du wifi.

Tour guidé de Popayán : il est organisé deux fois par jour par l’association Get Up and Go qui promeut le tourisme dans les anciennes zones sinistrées par le conflit armé colombien. Pas d’inscription nécessaire, rendez-vous directement au bureau de l’office de tourisme sur la place principale, à 10h ou 16h. Paiement au pourboire.

Vélos en libre service : Toujours dans l’optique de développer le tourisme, les vélos publics normalement payants sont gratuits pour nous. Il faut vous rendre à l’entrée du Pont de l’Humilladero avec votre passeport ou une copie, ainsi que le nom de votre hôtel et le petit stand vous prêtera un vélo orange pour deux heures.

Venir en bus depuis Salento : Nous avons pris un premier bus vers Armenia (départ toutes les 20 minutes, prix 4 500 pesos, durée 50 minutes). Ensuite, nous sommes montés dans un bus Armenia – Cali de la compagnie Expreso Trejos mais il y en a probablement de meilleures car notre bus était un peu brinquebalant (départ chaque heure à la demie, prix 22 000 pesos, durée 4h). Enfin, pour le trajet Cali – Popayán, nous avons emprunté un vieux minibus de la compagnie Velotax « les transports du futur, déjà dans le présent » (départs assez fréquents, prix 20 000 pesos, durée 3h30). Le confort des bus n’est pas le même que dans le nord de la Colombie !

 

Le marché indigène de Silvia

Nous avons veillé à organiser nos dates de séjour à Popayán en y incluant un mardi, jour de marché à Silvia, un village reculé de la région. Il est accessible en une heure et demie de bus.

À peine arrivés à Silvia, nous sommes surpris par le nombre de jeeps et de chivas décorées qui se font remplir jusqu’au ciel de sacs de patates, d’ananas, d’épis de maïs, de meubles, voire d’humains. Tous les plus vieux transports en commun de Colombie sont venus passer ici leur retraite.

Chiva, bus traditionnel à Silvia, Colombie Marché indigène de Silvia, Colombie

Le village n’est pas beau en soi, le marché pas spécialement intéressant non plus. Ce sont les habitants qui retiennent toute notre attention. Silvia a la particularité d’être entourée de villages indigènes, et ces derniers descendent chaque mardi des montagnes, vêtements traditionnels sur le dos, pour vendre leur production ou simplement faire leurs emplettes. Une personne sur cinq environ porte la tenue bleu roi, toujours exactement la même nuance de bleu.

Marché indigène de Silvia, Colombie

Les femmes le portent sur les épaules, les hommes en jupe. Et aux pieds, de vraies grosses chaussures de randonnée.

Marché indigène de Silvia, Colombie

Quant aux chapeaux, le melon est à la mode, mais pas seulement. Nous découvrons d’étranges dessous de plat en paille, qui se déplient pour se transformer en chapeau.

Marché indigène de Silvia, Colombie Marché indigène de Silvia, Colombie

Nous remarquons aussi que les vieilles dames marchent souvent un fuseau à la main et filent de la laine dès qu’elles ont une seconde.

Dessin : femme indigène qui file la laine à Silvia, en Colombie

Leur physique est vraiment différent de celui des autres Colombiens. Déjà, ils sourient plus que la moyenne, qui est pourtant déjà élevée dans le pays. Et puis leur visage est vraiment très andin, leur peau est couleur cuivre. Enfin, ils ont étrangement peu de cheveux blancs pour leur âge. Jusqu’à plus de cinquante ans, leurs tignasses sont noires comme une nuit sans lune. Nous restons un bon moment dans le village, simplement assis sur la place principale à admirer leurs tenues et à les regarder se saluer joyeusement.

Marché indigène de Silvia, Colombie Marché indigène de Silvia, Colombie Marché indigène de Silvia, Colombie Marché indigène de Silvia, Colombie

Conseils pratiques sur Silvia

Se rendre à Silvia : Depuis le terminal de bus de Popayán, un bus part toutes les demi-heures environ et le trajet dure 1h30 pour 7 000 pesos. L’alternative est le colectivo, plus rapide et également plus fréquent, à 8 000 pesos. Nous ne savons pas où il se prend à Popayán, en revanche il est facile à repérer pour le trajet retour, sur la place principale de Silvia. Ayez le cœur bien accroché, car le colectivo fonce dans les virages de montagne !

 

Le sanctuaire de Las Lajas, à Ipiales

Nous poursuivons notre trajet vers l’Équateur et la nouvelle journée de bus nous révèle des paysages de montagne absolument magnifiques ! Un jour, cette région de la Colombie sera pleine de touristes et de randonneurs, c’est sûr.

Nous nous arrêtons juste avant la frontière pour nous reposer à Ipiales et ainsi être parmi les premiers à présenter nos passeports au petit matin. Il faut savoir qu’une grave crise humanitaire touche depuis plusieurs mois le Venezuela, que les migrants fuient leur pays par millions, mais que les pays voisins sont particulièrement solidaires et ne rechignent pas à les recevoir. C’est beau à voir et il serait bien malvenu de notre part de nous plaindre de la longueur de la file d’attente au passage de frontière !

Bienvenidos Refugiados

Ipiales n’est pas une ville des plus glamours. Elle est même plutôt laide. En revanche, le fameux sanctuaire de Las Lajas situé à sept kilomètres est réputé dans tout le pays. Cette cathédrale-pont, comme nous aimons l’appeler, est un haut lieu de pèlerinage pour les Colombiens.

Sanctuaire de Las Lajas, Ipiales, Colombie

À l’origine de cela, une petite fille muette aurait rencontré la Vierge au fond de cette vallée et recouvré la parole.

Sanctuaire de Las Lajas, Ipiales, Colombie

L’architecture est sacrément impressionnante. Il ne faut cependant pas s’attendre à une construction solitaire au milieu de la nature. Le chemin pour s’y rendre est une enfilade de boutiques de souvenirs et autres représentations de la Vierge, façon Lourdes. Business is business!

Notre avis ? Si vous passez dans le coin, l’endroit est immanquable. Sinon, il vous faudra être particulièrement motivé pour venir depuis un autre point du pays tant les distances sont importantes.

À bientôt en Équateur !

Conseils pratiques sur Ipiales et le passage de frontière Colombie-Équateur

Dormir à Ipiales : Nous avons dormi à la Mansión Blanca (~18€)i. Une adresse sans grand charme, mais qui suffit pour une nuit. L’une des meilleures options à Ipiales, car l’offre hôtelière y est réduite.

Restaurant : Il y a peu d’options en ville. Nous avons dîné au restaurant italien Da Vinci, pas mal sans plus.

Venir en bus depuis Popayán : Depuis le terminal de Popayán, plusieurs bus directs partent chaque jour pour rejoindre Ipiales. Nous avons souhaité couper le trajet en nous arrêtant à Pasto pour déjeuner dans le terminal. Départ de Popayán à 5h15 du matin avec la compagnie Transipiales (prix 30 000 pesos, durée 6h30). Arrivée à Pasto à 11h45, déjeuner, puis bus vers Ipiales (départs fréquents, prix 9 000 pesos, durée 2h).

Se rendre à Las Lajas depuis Ipiales : Au terminal de bus, vous trouverez sans problème les camionnettes blanches appelées colectivos qui effectuent le trajet toute la journée. Prix 2 500 pesos, durée 15 minutes, départ dès que le colectivo est complet. Une fois sur place, l’accès au sanctuaire est gratuit, seul le musée est payant.

Consigne à bagages d’Ipiales : Pratique pour se rendre au sanctuaire de Las Lajas sans ses gros bagages, la consigne sécurisée du terminal de bus d’Ipiales est ouverte de 5h à 21h et demande 2 500 pesos par bagage.

Passage de frontière de la Colombie vers l’Équateur :

Renseignez-vous bien sur l’actualité de cette frontière avant de la franchir. En ce moment, il y a beaucoup de monde et plusieurs heures d’attente en journée. Pour éviter cela, nous sommes arrivés à 5h du matin et avons attendu moins de deux heures au total. Il y a un an, la frontière se traversait en vingt minutes. Un mois avant notre passage, cela pouvait prendre dix heures. Bref, tenez-vous au courant. Les infrastructures sont bien éclairées la nuit et surveillées, nous ne nous sommes pas du tout sentis en insécurité. Les gens attendent patiemment, sans bousculade.

  1. Prendre un colectivo ou un taxi depuis Ipiales jusqu’à la frontière. Les colectivos partent du terminal de bus et sont moins chers, mais nous avons pris le taxi car nous partions de l’autre bout de la ville et en pleine nuit. Le tarif de la course en taxi est fixé de manière officielle à 8 000 pesos. Si vous souhaitez partir anormalement tôt, voici les numéros de la centrale des taxis jaunes : 0327251313 ou 0327731313.
  2. Il faut d’abord attendre son tour côté colombien pour obtenir le tampon de sortie du territoire. Une file d’attente unique gère les entrées et les sorties, à vous de préciser votre cas à l’agent une fois au comptoir.
  3. Ensuite, traverser à pied le pont entre les deux pays et attendre au bureau d’immigration équatorien.
  4. Des bureaux de change sont présents côté équatorien, mais ils étaient tous fermés à l’aube. Cependant, un changeur avec une liasse de billets à la main nous a proposé un taux de change tout à fait correct.
  5. Des camionetas blanches attendent et mènent au terminal de bus de Tulcán en vingt minutes pour 1 US$ par personne.
  6. Au terminal de Tulcán, vous trouverez aisément des bus vers Quito ou Otavalo (3,75$). Attention à vos affaires dans ce bus, il paraît qu’elles ont tendance à disparaître, surtout entre les sièges. Gardez vos petits sacs sur les genoux.
  7. N’oubliez pas de profiter des paysages, ils sont grandioses !

Lire notre article sur Otavalo, notre première halte au nord de l’Équateur.

Mi-fugue, mi-raison À propos de nous

Nous sommes deux fugueurs : nous avons changé de vie pour voyager en continu à travers le monde, sans date de retour. Ce que nous aimons, c'est prendre notre temps. Alors, nous avançons au gré de nos envies, sans nous précipiter. Pour en savoir plus, c'est ici.



Vous aussi vous êtes sur Pinterest ? Épinglez cet article : Épingler l'article

4 réponses à “Popayán, Silvia et Ipiales, tout au sud de la Colombie”

  1. geoffrey dit :

    « Francky Vincent, étendard de la chanson française, qui l’eût cru ! » : mouahahaha !
    Incroyables ces beaux habits bleus.
    Arg vous avez raté le magnifique cimetière de Tulcán ! Dommage

    • mifuguemiraison dit :

      Oui, dommage pour le cimetière. On l’avait repéré mais il a sauté de notre programme avec les problèmes de frontière !

  2. Marie dit :

    Bon, je me remets dans le récit, après mes vacances sur vos traces à Tenerife… Allez, je vais lire la suite…

    • mifuguemiraison dit :

      Alors, vos impressions sur Tenerife ? Ce n’est pas trop envahi par les touristes à cette saison ? Vous avez fait de belles randos ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas visible. Les commentaires de notre blog sont modérés et ne sont donc pas publiés immédiatement.