Mi-fugue, mi-raison

Bogota : culture et démesure

Publié dans la catégorie Colombie, le 7 juillet 2018

« Brrrr, je n’y remets jamais les pieds » nous affirme un Colombien à l’évocation de la ville de Bogota. Quelques jours et quelques vêtements sur le dos plus tard, nous y débarquons tout de même, curieux de nous faire notre propre avis.

Comme prévu, la météo n’est pas le point fort de la ville. En prévoyant sept jours sur place, nous récoltons sept jours de fraîcheur entremêlés de pluie. Le pays des nuages a bien choisi sa capitale.

Nous n’irons pas jusqu’à dire que nous avons adoré Bogota, mais nous ne regrettons pas non plus notre visite. À défaut d’être belle, la mégalopole possède quelques attraits !

 

La Candelaria : le vieux centre de Bogota

Bogota, c’est l’histoire d’une ville dont la population n’a explosé que très récemment. En cent ans, elle est passée de cent quarante-quatre mille habitants à huit millions, ce qui représente tout de même une multiplication par… (bruits de calculette)… cinquante-cinq ! Accueillir tout ce monde fut un bien trop gros défi pour laisser aux autorités le temps de s’occuper de l’esthétique de la ville ou d’absorber le nombre de véhicules grandissant sur les routes.

Un quartier se démarque tout de même des autres : le quartier historique, appelé la Candelaria. Nous y retrouvons les vieilles églises laissées par la colonisation espagnole ainsi que la grande majorité des monuments de la ville. Bogota a presque des airs de capitale européenne.

Quartier de la Candelaria à Bogota Quartier de la Candelaria à Bogota

La rue emblématique du centre est la Carrera 7. Cette grande rue piétonne fait office de scène pour des dizaines de danseurs, chanteurs ou humoristes de rue, ainsi que de marché en plein air pour les vendeurs à la sauvette. Elle mène à la place Bolivar, entourée de larges bâtiments officiels et constamment recouverte d’un tapis de visiteurs et de pigeons (l’animal, pas le touriste). Nous y croisons nos premiers lamas d’Amérique latine, mais les pauvres ne sont ici que pour assouvir la soif de selfie des pigeons. Euh… des touristes !

Place Bolivar à Bogota, Colombie

Sur une autre place, un large groupe d’hommes patiente debout, l’air désœuvré. Ils ne font en fait qu’attendre le client, les poches pleines d’émeraudes colombiennes, réputées les plus pures du monde. Nous nous sommes renseignés pour vous, elles ne sont vraiment pas données : comptez plusieurs centaines de dollars pour un tout petit caillou au marché noir !

Plus au nord dans le quartier de la Candelaria, les bâtiments pompeux s’estompent pour laisser place à des ruelles calmes et colorées, avec quelques maisons d’époque bien entretenues.

Quartier de La Candelaria à Bogota, Colombie Quartier de la Candelaria à Bogota Quartier de la Candelaria à Bogota

Encore un peu plus haut, nous arrivons à la Plazoleta Chorro de Quevedo et son quartier bohème, constitué de petites ruelles plutôt surprenantes dans cette mégalopole. Il est cependant déconseillé de s’y promener trop tard le soir.

La Candelaria, Bogota, Colombie La Candelaria, Bogota, Colombie La Candelaria, Bogota, Colombie

Ce que nous aimons dans ce quartier, ce sont les fresques, qui semblent avoir toujours existé. Pourtant, elles ne se sont vraiment répandues sur les murs de Bogota qu’à partir de 2013 grâce à… Justin Bieber, le chanteur canadien. Jusqu’alors, les graffitis étaient totalement interdits et avaient même coûté la vie à un jeune graffeur colombien, abattu par la police. Puis ce brave Justin est arrivé et, sous l’escorte de policiers, a fièrement tagué l’un des graffitis les plus laids de l’histoire : une feuille de cannabis avec un drapeau canadien au centre. La jeunesse de Bogota a demandé des comptes. « Pourquoi lui serait autorisé à peindre des horreurs et nous n’aurions pas le droit de créer librement ? ».

Dessin : le graffiti de Justin Bieber à Bogota

Le chef de la police, pour ne pas reconnaître l’erreur de ses hommes, s’est déclaré favorable aux graffitis. Et depuis, c’est la fête !

Street art à Bogota Quartier de La Candelaria à Bogota, Colombie Quartier de La Candelaria à Bogota, Colombie

Dans le quartier de la Candelaria, et en particulier dans la minuscule Carrera 2, il est possible de goûter la chicha. Qu’est-ce que la chicha ? Une boisson traditionnelle indigène produite en groupe, chacun mâchant puis recrachant dans le pot commun les grains de maïs, qui macèreront et fermenteront ensuite pendant une bonne semaine.

Dessin : production de chicha

Non, rassurez-vous, la recette a évolué et l’étape de la mastication humaine n’est plus obligatoire ! Étrangement, le goût nous fait penser au cidre. Nous vous recommandons aussi le canelazo, plus agréable en bouche, qui est un mélange d’aguardiente (la liqueur nationale), de sucre de canne et d’épices. Nous avons également goûté la chucula, une boisson chaude, toute douce, particulièrement riche. Et pour cause : elle est constituée de cacao, maïs, fève, blé, pois-chiche, cannelle et clous de girofle.

Tasse de chucula, un chocolat chaud colombien

 

Deux superbes musées de Bogota

S’il y a bien deux musées qui valent le détour dans la capitale, ce sont le Museo del Oro et le Museo Botero.

Le premier, le Musée de l’Or, est un hommage aux trésors artistiques de la civilisation pré-colombienne colombienne. Euh… vous suivez ? La civilisation d’avant l’arrivée de Christophe Colomb sur le continent, dans un pays nommé en hommage à Christophe Colomb. Quant aux pièces de la collection, elles sont superbement présentées.

Museo del Oro, Bogota, Colombie Museo del Oro, Bogota, Colombie

À propos d’or, les conquistadors faillirent s’étrangler en découvrant que les habitants du coin jetaient chaque année des kilos et des kilos d’or dans un lac, en offrande à la Terre. Le fameux Eldorado tant recherché devait être le fond de ce lac. Alors, ils se mirent en tête d’en vider l’eau par tous les moyens. Sans succès. Rassurez-vous, les Espagnols ne se sont pas laissé abattre et ont prélevé directement les bijoux sur les indigènes, renvoyant en Europe des dizaines de bateaux pleins à ras bord du précieux métal.

Dessin : le pillage de l'or de Colombie

Le musée ne présente toutefois pas uniquement des pièces en or. Nous nous amusons bien devant les poteries et autres objets utilitaires, car les peuples pré-colombiens prenaient toujours soin d’y ajouter une bouche et deux yeux !

Museo del Oro, Bogota, Colombie

L’entrée du Musée de l’or vaut largement les 4 000 pesos demandés et l’audio-guide en français est à 8 000 pesos.

 

Le second musée est celui de Fernando Botero, le célèbre peintre et sculpteur colombien. Il a légué sa collection à l’établissement et exigé que l’entrée reste gratuite afin de faciliter l’accès à l’art en Colombie. Le musée rassemble quelques tableaux de sa collection privée de grands maîtres : Picasso, Miró, Renoir, Caillebotte, Chagall…

Musée Botero, Bogota, Colombie

Mais le clou du spectacle, ce sont sans conteste ses propres peintures, absolument géniales. Botero a cultivé l’art de déformer tout ce qui passe sous son pinceau, jouant avec les proportions et gonflant les corps comme des citrouilles.

Musée Botero, Bogota, Colombie Musée Botero, Bogota, Colombie

À eux seuls, ces deux musées constituent une bonne raison de faire étape à Bogota.

 

Le téléphérique ou le funiculaire de Monserrate

Afin de mieux prendre la mesure de l’immensité de la ville, rien ne vaut une ascension du Cerro de Monserrate, la colline qui surplombe le quartier de la Candelaria. Vous pouvez monter au choix en funiculaire ou téléphérique. Les deux effectuent exactement le même trajet au même prix : 20 000 pesos l’aller-retour avec une réduction à 12 000 pesos le dimanche.

Funiculaire à Bogota, Colombie

Le panorama sur Bogota nous époustoufle. La ville est si tentaculaire que l’expression « s’étendre à perte de vue » semble inventée pour elle. Tout cela sous le traditionnel ciel de nuages bas colombien. Nous ne serions pas étonnés d’apprendre qu’il existe en permanence au moins un quartier de la ville sur lequel il pleut.

Vue sur Bogota depuis le Cerro de Monserrate Vue sur Bogota depuis le Cerro de Monserrate

Pour les plus motivés (ce n’était pas notre cas ce jour-là !), il est possible de monter à pied sur un chemin bien aménagé.

 

Chapinero et Usaquén, pour sortir du centre de Bogota

Un autre quartier digne d’intérêt à Bogota est celui de Chapinero. S’il ne propose rien de spécial à visiter, la vie de quartier y est sympathique. Surtout, il possède un grand nombre de restaurants dans ce que les Bogotanais appellent la Zona G, comme « Gourmet ». Les prix sont parfois un peu élevés pour la Colombie, vous voilà prévenus, mais la qualité est au rendez-vous.

Quartier Chapinero, Bogota, Colombie

Nous nous étonnons à Chapinero du nombre de maisons en brique, de style parfaitement british. Que font-elles ici ? Apparemment, après leur prise d’indépendance en 1810, les Colombiens ont cherché à se détourner de l’architecture espagnole. Et quel style adopter lorsqu’on dispose de briques rouges et d’un climat similaire à celui de la Grande-Bretagne ? Eh bien ceci :

Quartier Chapinero, Bogota, Colombie

En poursuivant vers le nord, le quartier suivant s’appelle Usaquén. Il est particulièrement animé le dimanche, lorsque s’installe le marché d’artisanat. Entre les meubles vintage, les accessoires colorés et les pâtisseries toutes plus alléchantes les unes que les autres, c’est un bon endroit où dépenser ses pesos avant de reprendre l’avion.

Marché d’Usaquén, Bogota Marché d’Usaquén, Bogota Marché d’Usaquén, Bogota Foodtruck

Toujours le dimanche, Bogota réserve quelques-unes de ses plus grosses artères aux vélos jusqu’à 14h. Il y a un monde fou, à croire que les Colombiens n’attendent que cela toute la semaine. Pour ceux qui souhaiteraient les rejoindre, des boutiques de loueurs de vélo sont positionnées par-ci par-là, n’hésitez pas à demander aux locaux. Et comme eux, prévoyez un imperméable !

Dimanche : jour de vélo à Bogota

 

Notre avis sur Bogota

La capitale n’est clairement pas une destination aussi charmante que les autres en Colombie. L’ambiance y est moins détendue, les embouteillages sont infernaux et la pollution pique les yeux. Nous ne savons pas bien comment les habitants la supportent. Cependant, si vous atterrissez ou repartez de Bogota, n’hésitez pas à prévoir au moins une journée pour visiter les deux superbes musées et admirer la ville depuis le mirador. Une autre facette de la Colombie, pour les curieux.

Conseils pratiques pour visiter Bogota

Dormir à Bogota : Dans cette ville, Airbnb nous semble un meilleur plan que les hôtels avec de beaux appartements disponibles à environ 30€ par nuit. Nous étions dans le quartier de Chapinero que nous vous recommandons, sécurisé et proche du centre-ville en transports (notre logement n’est malheureusement plus disponible). Si vous n’avez pas encore de compte, n’hésitez pas à utiliser notre lien de parrainage pour obtenir 35€ de réduction sur votre première réservation.

Restaurants et cafés : Comme nous disposions d’une cuisine, nous n’avons pas testé beaucoup de restaurants pendant la semaine. Nous retenons cependant :

  • Le café Casa Galeria, repérable à ses murs jaunes et violets dans le quartier de la Candelaria. Vous pouvez y tester la chucula, le chocolat chaud local.
  • Pour un bon petit déjeuner, l’ambiance de vieux café européen de la grande salle de la pâtisserie Florida est particulièrement prisée par les familles colombiennes et vous devriez trouver sans problème votre bonheur tant la carte est fournie.
  • Le midi à Chapinero, nous avons adoré le menu du jour à 12 000 pesos du petit Bistro Veg, particulièrement soigné et plutôt original.
  • Enfin, pour un repas plus chic, nous vous recommandons Coloquial dans le quartier d’Usaquén. Les plats sont créatifs, raffinés, avec de bonnes options végétariennes et un service amical. Le plat est aux alentours de 30 000 pesos. Goûtez leur cocktail Pisco Sour (même si ce n’est pas colombien mais péruvien), vous nous en direz des nouvelles !

Free Walking Tour de Bogota : Nous avons suivi une visite guidée payée au pourboire dans le centre-ville, avec l’agence Beyond Colombia. Elle propose le tour soit en anglais, soit en espagnol, et dure près de trois heures. Notre guide, cultivée et passionnée, a tout fait pour que nous repartions avec un bon souvenir de cette ville malaimée.

Se déplacer en bus dans Bogota : Le moyen de transport public principal à Bogota est le bus. Les lignes de bus sont référencées sur Google Maps si vous lancez un itinéraire en transports. L’inconvénient, c’est que Google attribue des numéros à certaines lignes qui ne sont cependant indiqués nulle part sur les véhicules. N’hésitez pas à demander aux locaux de vous aider. Pour une grande ville, ils sont serviables !

Les bus les plus rapides de Bogota sont les Milenarios, de très longs bus à accordéons qui brûlent le pavé sur des voies protégées pour éviter les embouteillages. Les billets s’achètent en station.

Pour les bus classiques avec numéro, vous êtes censés avoir sur vous une carte préchargée. Il nous a fallu plusieurs trajets avant de comprendre ceci, car les chauffeurs nous laissaient monter en échange d’un peu d’argent. La corruption a de bon côtés ! La carte prend plusieurs jours à être délivrée et n’est donc pas adaptée aux touristes. Privilégiez les bus Milenarios, ou, comme nous, négociez avec le chauffeur.

Venir à Bogota depuis Pereira (région du café) : Nous avons pris un bus de nuit confortable de la compagnie Bolivariano, réservé sur Busbud.com. Le trajet dure huit heures et le tarif est de 73 000 pesos.

Mi-fugue, mi-raison À propos de nous

Nous sommes deux fugueurs : nous avons changé de vie pour voyager en continu à travers le monde, sans date de retour. Ce que nous aimons, c'est prendre notre temps. Alors, nous avançons au gré de nos envies, sans nous précipiter. Pour en savoir plus, c'est ici.



Vous aussi vous êtes sur Pinterest ? Épinglez cet article : Épingler l'article

3 réponses à “Bogota : culture et démesure”

  1. Hello !
    On sera à Bogota dans quelques jours, vous auriez d’autres adresses de resto végétarien que le Bistro Veg (et dans le même genre de budget) par hasard ? Ca nous aiderait grandement ! 🙂
    C’est pas toujours facile de manger végé en Amérique du sud, ou en tout cas pour un budget raisonnable…
    Merci !

    • mifuguemiraison dit :

      Salut ! Vous pouvez aussi aller chez Nativo dans la Candelaria : 9000 pesos le menu, resto 100% végétarien ! Ce n’est pas hyper raffiné mais pas mal pour le prix. Sinon vous connaissez le site Happycow ? C’est souvent là-dessus qu’on trouve nos adresses, partout dans le monde ou presque.

  2. Hey !
    Merci pour les tips, ça a l’air chouette le Nativo 🙂
    Ah non je connaissais pas le site Happycow, je viens de jeter un coup d’œil, je sens que ça va me plaire !! Merci ! 🙏

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas visible. Les commentaires de notre blog sont modérés et ne sont donc pas publiés immédiatement.