Mi-fugue, mi-raison

Randonnée dans les paysages mystérieux du Páramo de Ocetá

Publié dans la catégorie Colombie, le 20 mai 2018

Quoi ?!? Vous ne savez pas ce qu’est un « páramo » ? Bon, d’accord, nous non plus nous n’avions jamais croisé ce terme avant d’explorer le Páramo de Ocetá, l’un des nombreux páramos de Colombie.

Les páramos sont des zones de haute montagne sur la Cordillère des Andes, aux environs de 3500m, qui laissent apercevoir des plantes et des paysages énigmatiques, presque paranormaux. Suivez-nous dans cette aventure qui mêle ballons de football, biches, lac noir, vestiges pré-hispaniques et lèvres siliconées !

Monguí, le village des ballons

Le plus simple, pour entreprendre une randonnée au Páramo de Ocetá est de dormir au petit village de Monguí. Alors que nous nous attendions à un banal village, nous découvrons une jolie place principale, quelques rues mignonnes, de petites maisons soignées, des géraniums aux fenêtres… Décidément, les Colombiens prennent grand soin de leurs villages !

Village de Monguí, Colombie Village de Monguí, Colombie Village de Monguí, Colombie Village de Monguí, Colombie

Nous nous arrêtons interloqués devant une boutique. Elle ne vend que des ballons. Des centaines de ballons de foot, de toutes les couleurs et tous les motifs imaginables. Étrange que le marchand parvienne à en tirer de quoi vivre dans un si petit village. Sauf que, trois pas plus loin, nous tombons sur un magasin identique. Pareil pour celui d’après, et pour tous les magasins de la place. Décidément, quelque chose ne tourne pas rond.

Ballons à Monguí, Colombie

Nous apprenons que Monguí est réputé dans toute la Colombie pour sa confection de ballons, à la main s’il vous plaît. Un bon millier d’habitants travailleraient à leur découpe, couture, décoration. C’est foot !

Nous réalisons que la quasi-totalité des restaurants ferment vers 17h, allez savoir pourquoi. Seule une pizzeria ouvre en soirée et nous y retrouvons tous les autres touristes, soit cinq ou six tout au plus. Pour contrebalancer, l’hôtel que nous avons réservé est tenu par la personne la plus adorable du monde, María, qui nous chouchoute de A à Z.

 

Randonnée dans le Páramo de Ocetá

Si nous sommes venus jusqu’ici, ce n’est pas pour faire des dribbles, mais bien pour la randonnée qui mène au páramo, situé environ 1000m plus haut.

Hélas, nous trouvons relativement peu d’informations sur le chemin à emprunter. Mais alors que nous hésitons à demander les services d’un guide, nous croisons notre voisin de chambre qui redescend justement seul du páramo. Le pauvre a essuyé là-haut une vilaine pluie de grêlons, qui ne l’a pas pour autant empêché d’adorer son excursion. Il nous fournit quelques conseils que nous allons tâcher de compléter avec les nôtres.

Tout d’abord, il faut savoir que le mauvais temps ne pointe généralement son nez que l’après-midi. Afin de maximiser nos chances, nous quittons l’hôtel à 7h du matin, aux côtés des bambins sur le chemin de l’école.

Randonnée autour de Monguí, Colombie

Sur la première partie de l’ascension, les paysages n’ont rien de spectaculaire. Nous souhaitons le bonjour aux nombreuses vaches qui paissent dans les prés et aux chevaux qui se prélassent.

Cheval beau gosse

« Salut toi… »

Randonnée dans le Páramo de Ocetá, Colombie Randonnée dans le Páramo de Ocetá, Colombie

Cela ne saute peut-être pas aux yeux sur les photos, mais croyez-nous, ça grimpe et nos mollets moulinent. Longeant toujours d’innombrables pâturages, le sentier se rétrécit progressivement. L’air est frais, mais le soleil cogne.

Végétation du Paramo de Oceta, Colombie Randonnée dans le Paramo de Oceta, Colombie

Le voyageur de la veille nous a donné une information très importante : le chemin classique vers le páramo est désormais bloqué par une clôture et ce message : « propriedad privada ». La propriété en question occupe toute la largeur de la vallée, juste avant le páramo. Avis aux randonneurs rebelles ou un peu joueurs : la propriétaire chasse à cheval ceux qui passent malgré tout !

Heureusement, il existe un chemin alternatif qui contourne les terres de la parano du páramo. Appelons-le le passage de la crête. Il surplombe la vallée et offre des points de vue assez exceptionnels.

Paramo de Oceta, Colombie

Il y a bien quelques barbelés à enjamber, quelques barrières à refermer derrière soi, mais destinées à garder les vaches plutôt qu’à bloquer les randonneurs.

C’est ici que nous découvrons nos premiers frailejones, ces drôles de plantes au look de palmiers raccourcis et aux feuilles de velours. Ils squattent les flancs de montagne par centaines, formant un paysage pour le moins étonnant.

Paramo de Oceta, Colombie Frailejones dans le Páramo de Ocetá, Colombie Frailejones dans le Páramo de Ocetá, Colombie Frailejones dans le Páramo de Ocetá, Colombie Végétation du Paramo de Oceta

Le chemin finit par s’effacer complètement. Nous marchons alors sur une curieuse mousse épaisse et rebondissante, encore une spécificité étrange du páramo. Tiens donc, nous ne sommes plus seuls au monde. Trois biches nous observent à distance et se déplacent en sautillant.

Dessin : suivre une biche dans le Paramo de Oceta

En contournant une colline, nous obtenons une vue plongeante sur le but ultime de notre promenade : la Laguna Negra. Comme son nom l’indique, son eau est particulièrement sombre. Peut-être le reflet d’un ciel de plus en plus menaçant.

Randonnée dans le Paramo de Oceta, Colombie Páramo de Ocetá, Colombie

Par peur d’une averse et déjà bien fatigués, nous rebroussons chemin. Miracle, les nuages noirs patientent gentiment derrière nous tout au long de la descente et nous rentrons sans prendre une goute.

Frailejones dans le Páramo de Ocetá, Colombie Paramo de Oceta, Colombie

Sur le retour, nous remarquons ces curieuses pierres travaillées qui nous avaient échappé à l’aller. Il s’agirait de vestiges de la civilisation muisca, précédant l’arrivée des Espagnols.

Sculptures pré-colombiennes

Nous terminons cette randonnée à 14h, exténués, les pieds en compote, mais emballés par la beauté du páramo !

Quid des lèvres siliconées promises en début d’article ? Eh bien le lendemain, Mi-fugue se réveille avec des lèvres énormes, à rendre jalouse Angelina Jolie.

Dessin : Mi-fugue avec ses lèvres enflées

L’explication est la suivante : haute altitude + région tropicale = rayons UV surpuissants. Nous avons badigeonné plusieurs fois nos peaux de crème solaire indice 50 mais nous n’avons pas pensé aux lèvres ! Résultat, cet énorme coup de soleil qui se traduit d’abord par un gonflement bien tiraillant, avant de se transformer en vilaines cicatrices noires durant quatre-cinq jours. Les sticks à lèvres classiques ne faisant qu’attirer davantage le soleil, il faut utiliser un stick à protection UV. Certaines pharmacies en vendent, en France comme en Colombie.

Conseils pratiques pour Monguí et le Páramo de Ocetá

Dormir à Monguí : Nous avons adoré notre petit hôtel Los Recuerdos de Florito y Leo (~27€)i. Les chambres sont impeccablement tenues et offrent une jolie vue sur les montagnes. Il vaut mieux prévoir deux nuits sur place, car le village est assez isolé et vous aurez du mal à enchaîner une randonnée puis un trajet en bus vers la destination suivante.

Restaurants à Monguí : La pizzeria ouverte en soirée s’appelle Cabubara. Les cuisinières ne préparent généralement que deux ou trois types de pizzas, dont elles servent de grandes parts, mais elles nous ont volontiers concocté de bonnes pizzas végétariennes bien garnies.

En rentrant de la randonnée, nous nous sommes arrêtés à un restaurant plus classique, La Casona de San Francisco de Asis, très bon mais qui ferme en fin d’après-midi. Si vous aimez tester des nouveautés, ils préparent un riz aux « fruits du páramo », qui sont divers tubercules violets, roses ou blancs un peu extraterrestres.

La randonnée au Páramo de Ocetá en quelques chiffres : Ce n’est clairement pas une randonnée facile. Elle part du village à 2800m, grimpe jusqu’à 3900m et fait plus de 15km de long aller-retour. À cause de l’altitude, vous aurez le souffle court et plus de difficulté à progresser. Le chemin est dans l’ensemble praticable, faites juste attention où vous mettez les pieds car il y a deux types de pièges : des bouses de vache et des flaques d’eau cachées sous la mousse. L’aller-retour nous a pris 7h, pause pique-nique incluse.

Avec ou sans guide ? Tout le monde dans le village vous recommandera de prendre un guide. Cela a évidemment ses avantages, le plus gros étant à nos yeux que certains peuvent vous avancer de deux ou trois kilomètres en jeep ou tuk-tuk au début de la randonnée, afin de la rendre moins longue. Sur la place principale, un petit office du tourisme vous mettra en relation avec un guide la veille pour le lendemain.

Pour notre part, nous nous en sommes bien sortis seuls, armés d’un smartphone et d’une application de carte hors-ligne. Au pire, la vallée qui mène au páramo est clairement dessinée et la direction du retour est simple à deviner.

L’itinéraire de notre randonnée : Pour éviter la propriété privée, nous vous recommandons le chemin qui passe par la crête et son Mirador Ciudad de Piedra, pour l’aller comme pour le retour :

Itinéraire de notre randonnée au Paramo de Oceta, Colombie

Copyright de la carte : Maps.me

Depuis la place principale de Monguí, prenez la Calle 5 qui monte à gauche de l’église et se transforme en escaliers. Poursuivez en surveillant votre itinéraire sur l’application Maps.me jusqu’à la « zone ambigüe » que nous avons entourée en mauve. Après avoir traversé la rivière, un petit chemin difficile à repérer grimpe entre les broussailles sur la colline de gauche. Restez ensuite sur la crête jusqu’au pied de la colline nommée Cuchilla Peña Negra sur le plan, que vous contournerez par la droite. Sur toute cette seconde partie, le tracé du chemin n’est plus 100% fiable sur Maps.me, mais bien suffisant pour s’orienter.

Pour le retour, rebroussez simplement chemin.

Conseils météo : Pour ne pas frire, la crème et le stick solaires sont de rigueur, y compris en cas de nuages. Prévoyez également des vêtements contre la pluie et le froid. Nous avons été chanceux, avec juste un peu de fraîcheur et de vent là-haut, mais nous étions heureux d’avoir nos bonnets. Alors si la brume, la pluie, voire la grêle s’en mêlent, attention à la chute de température !

Transport en bus de Villa de Leyva à Monguí : Prenez un premier bus vers Tunja (durée 1h10, prix 7 000 pesos). Changez pour un bus vers Sagamoso (durée 1h40, prix 8 000 pesos). Puis montez dans un dernier bus vers Monguí (durée 0h55, prix 4 000 pesos). Nous n’avons pas attendu plus de 5 minutes lors de nos changements, ce qui nous laisse penser que les départs sont fréquents.

Transport en bus à de San Gil à Monguí : Même si ça ne semble pas logique sur une carte, vous devez passer par Tunja (durée 4h, prix 30 000 pesos). De là, prenez le bus vers Sagamoso puis celui vers Monguí tel qu’indiqué ci-dessus.

Mi-fugue, mi-raison À propos de nous

Nous sommes deux fugueurs : nous avons changé de vie pour voyager en continu à travers le monde, sans date de retour. Ce que nous aimons, c'est prendre notre temps. Alors, nous avançons au gré de nos envies, sans nous précipiter. Pour en savoir plus, c'est ici.



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14 réponses à “Randonnée dans les paysages mystérieux du Páramo de Ocetá”

  1. Christelle dit :

    Notre plus belle randonnee en Colombie !
    Et j’ai aussi crame , je vous rassure 😉

    • mifuguemiraison dit :

      Aïe ! Des lèvres ou du visage ?

      La concurrence avec la vallée de Cocora est rude, il va être difficile de choisir notre préférée 🙂

  2. Sego dit :

    Et toi mi-raison, tu ne fais plus d’allergie au soleil ? Bon ben on a voyagé un peu avec vous, merci !

    • mifuguemiraison dit :

      Hmmm… ça m’est arrivé à peine deux ou trois fois sur les deux dernières années. Juste de toutes légères allergies. Je fais bien attention à me protéger et ça passe ! Il paraît que les crèmes solaires protègent mieux des UV-B maintenant, ceux qui causent les allergies.

  3. virginie dit :

    Bravo pour le Pitch, pas forcément évident de caler dans la même phrase lèvres siliconées et vestiges pré-hispaniques.Il fallait oser 😉
    Par contre comme d’habitude, la randonnée a l’air juste superbe. Par contre je me pose une question, c’était quelle saison lorsque vous y étiez???
    Il y a une saison des pluies?
    Excellente continuation.
    Virgine

    • mifuguemiraison dit :

      On n’est plus très loin de la ligne de l’équateur, donc les saisons ne sont pas très marquées ! En tous cas pas dans ce coin de Colombie. On est quand même dans une sorte de mini saison des pluies en avril-mai, avec plus de nuages et de pluie que d’habitude. C’est pas de chance, mais bon, avec un parapluie ça passe !

      À bientôt !

  4. Constance dit :

    Oh mais on en a vu des freijelones au Guatemala vers Todos Santos (donc à 3800m, tout coincide), sauf qu’on ne savait pas ce que cetait. C’est sympa d’en voir des champs comme ca!
    Je n’aurai jamais pensé à protéger les lèvres, je n’ose pas imaginer la douleur que ça a du être apres.

    • mifuguemiraison dit :

      Tiens, on ne savait pas qu’il y en avait jusqu’au Guatemala ! On ajoute ça à notre liste de bonnes excuses pour retourner au Guatemala un jour.

      Je te confirme, c’est assez douloureux. Limite il vaut mieux se nourrir à la paille !

  5. geoffrey dit :

    Ca a l’air magnifique ! Surtout ces plantes bizarres qui surgissent de l’herbe blonde. Vous connaissiez déjà le páramo sans le savoir, je me rappelle que vous avez été à El Cajas en Equateur.

    • mifuguemiraison dit :

      Oui, avec du recul, Las Cajas était un paramo, mais les plantes étaient assez différentes. On pourra bientôt refaire une comparaison botanique poussée !

  6. geoffrey dit :

    Au fait, c’est moi ou la 4L tape dans la poubelle ?

  7. Marie dit :

    Waouhou !! Trop beau, c’est une destination qui me plait bien !!! Les paysages sont magnifiques !!

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