Mi-fugue, mi-raison

La charmante Taroudant au sud du Maroc

Publié dans la catégorie Maroc, le 1 juin 2017

Nous venons d’atterrir à Marrakech. Nous sommes début avril et, heureusement, le mercure ne s’affole pas encore dans les thermomètres. Le soleil est doux comme le miel et la neige recouvre au loin les sommets du Haut Atlas.

Tiens, les panneaux sont écrits en français ! Les gens parlent même français ! Après une année passée dans des pays non francophones, nous avons le sentiment d’arriver en terrain connu. Nous partons immédiatement vers le sud pour rejoindre Taroudant, petite ville ensoleillée de quatre-vingt mille âmes.

 

« Taroudant, mal aux dents »

Depuis Marrakech, le trajet n’est pas aussi simple que prévu. Nous trouvons facilement un premier bus vers Agadir, mais nous arrivons trop tard pour l’unique bus quotidien vers Taroudant. Nous négocions un taxi. Hassan, c’est son prénom, est un vrai moulin à paroles. Il est fier de sa Mercedes de 1987 : « Le meilleur modèle, on trouve des pièces de rechange chez tous les garagistes du Maroc ! ».

Dessin : Marrakech Arnakech

Le Souss est le nom de cette paisible région du Sud marocain. Sur la route, Hassan nous présente des plantations d’orangers, de citronniers, d’oliviers et même de bananiers. « Vous sentez là ? C’est une fabrique d’huile d’olive, ils font tourner le moulin avec des ânes ». Et effectivement, des effluves d’olive et d’âne se mêlent et pénètrent l’habitacle de la vieille berline allemande. Parfois, nous traversons des zones plus arides. Tous les trois cents mètres environ, un berger garde ses moutons qui broutent trois malheureux brins d’herbe. « Ces arbustes-là, ce sont des arganiers, pour faire de l’huile d’argan. C’est excellent pour la peau, les cheveux, les ongles, l’estomac, le cœur, tout ! ». En nous laissant devant la porte de la médina de Taroudant, Hassan sort quelques oranges de son coffre, qu’il tient à nous offrir.

 

La médina de Taroudant, festival permanent de scènes de rue

À Taroudant, nous retrouvons la mère de Mi-fugue avec qui nous allons voyager un petit moment. En guise de logement, nous dénichons un beau riad au centre de la médina, la vieille ville fortifiée. Éric, son propriétaire est connu comme le gaouri (étranger) aux cheveux longs. Il nous explique qu’il avait l’habitude de remettre à neuf de vieux riads pour les vendre à des Européens, surtout des Français. Et puis, du jour au lendemain, les acheteurs se sont évaporés. En cause, cet absurde et tenace amalgame « musulmans = terroristes ». Pfff… le terrorisme est impossible ici, nous confirme Éric, les gardiens de quartiers savent tout sur tout le monde. Par exemple, vous venez tout juste d’arriver, eh bien ils sont déjà au courant !

Riad marocain

Il n’y a pas beaucoup de « choses à voir » à Taroudant. C’est plutôt le tohu-bohu de la ville qui la rend attachante et nous en profitons entièrement en vivant en plein centre-ville. Mais attention, ce n’est pas une animation spécialement conçue pour les touristes, comme à Marrakech par exemple. Non, ici les vacanciers se comptent sur les doigts de la main. Taroudant vit pour ses habitants. Des vendeurs de fruits passent en poussant leurs chariots, des ânes tirent des carrioles, quelques mobylettes portent des vieillards et les vélos filent dans tous les sens. L’après-midi, le soleil réchauffe les ruelles, mais visiblement pas assez pour certains locaux qui conservent leur djellaba d’hiver en laine épaisse et leur capuche en pointe.

Fréquemment, des Marocains nous interpellent, comme ça, juste pour le plaisir de bavarder. Tous mettent un point d’honneur à nous souhaiter la bienvenue. Comme ce papi qui nous explique la longue amitié entre nos deux pays et qui s’éloigne en criant : « Que vive le Maroc, que vive la France ! ».

Ville de Taroudant, Maroc Ville de Taroudant, Maroc Ville de Taroudant, Maroc Thé à la menthe marocain Taroudant, Maroc Passant à Taroudant Taroudant, Maroc

Comme nous logeons dans un riad avec cuisine, nous en profitons pour mitonner la plupart de nos repas. Faire ses courses à Taroudant est tout simplement génial. Les commerçants sont adorables et les prix sont incroyablement bas. Une baguette ? Un dirham, soit neuf centimes d’euro. Sur le coup, nous croyons que la vendeuse nous fait une blague. En guise d’huile d’olive, l’un des innombrables épiciers de la ville s’excuse de ne pas avoir « d’huile de société » et nous remplit une bouteille de son huile maison. Quel parfum !

Vendeur de menthe au Maroc Livreur de pain au Maroc

 

« De toute façon, vous vous perdrez ! »

Notre hôte avait raison, il est impossible de visiter la médina de Taroudant sans se perdre au moins un chouïa. Aucune ruelle n’a de nom et les points de repère sont rares. Nous laissons la chance guider nos visites et, une fois parvenus à l’extrémité de la ville, utilisons nos téléphones comme boussoles pour retrouver la maison.

Dessin : se perdre dans la médina de Taroudant au Maroc

Nos pas nous ramènent souvent à la place Assarag, la plus animée de la ville. La journée, des dizaines d’hommes de tous âges s’installent à l’ombre des arbres pour discuter ou simplement pour passer le temps. En début de soirée, la place s’anime. Dans un coin, un charmeur de serpent répète une sempiternelle mélodie. Plus loin, deux enfants se préparent à boxer au milieu d’un attroupement. La place est entourée de petits restaurants, qui semblent attacher beaucoup d’importance à proposer exactement le même menu que leurs voisins !

Ville de Taroudant, Maroc Place Assarag à Taroudant Tajine végétarien Place Assarag, Taroudant

Juste à côté de la place se trouve le souk arabe, qui n’est ni très grand, ni très fourni en souvenirs.

Souk de Taroudant

Toujours est-il qu’il est amusant d’y flâner et d’écouter les vendeurs promettre les meilleures babouches de la ville.

Souk de Taroudant

Nous nous rendons également à l’autre souk de la ville, appelé souk berbère par opposition au souk arabe. Hélas les marchandises sont pratiquement les mêmes. Il est simplement plus grand et encore moins touristique. Les marchands n’hésitent cependant pas à nous apostropher en se marrant.

Dessin : vendeur de djellabah au souk au Maroc

Par hasard, nous nous engouffrons dans un joli quartier au nord de la place Assarag. Tous les murs y sont peints de façon identique, en bleu, rose et blanc.

Ville de Taroudant, Maroc

Enfin, nous ne pouvons pas présenter Taroudant sans décrire ses superbes remparts : six kilomètres de murs épais et cent trente tours de garde qui rendaient autrefois la ville imprenable. Il est possible de grimper sur une portion de la muraille, à proximité de la place du 20 Août. Cette place elle-même s’anime en soirée, lorsque les familles viennent s’y promener et offrir un tour de voiturette électrique à leurs enfants.

Taroudant, Maroc Taroudant, Maroc Ville de Taroudant au Maroc

 

L’oasis de Tiout

Notre hôte Éric est vraiment sympathique. Se rendant compte que nous n’avons pas de voiture pour visiter les environs de Taroudant, il propose de nous promener à l’oasis de Tiout avec son vieux Land Rover et son pote Saïd. La palmeraie s’étend à perte de vue, dominée par une belle kasbah, ancienne forteresse berbère.

Oasis de Tiout, Taroudant, Maroc Oasis de Tiout, Taroudant, Maroc

La balade est rafraîchissante. Nous croisons de nombreux Marocains venus pique-niquer à l’abri du soleil. Ils font cela dans les règles de l’art, avec barbecues, tajines et même quelques instruments de musique pour l’ambiance !

Palmeraie de Tiout, Taroudant

Nous sommes déçus d’apprendre que les quelques vingt mille palmiers ne produisent que de minuscules dattes peu savoureuses. « Mais alors pourquoi en avoir planté autant ? » demandons-nous. « Planté ? Non, ils ont poussé naturellement et désormais l’espèce est protégée », nous explique Saïd. La loi est ferme, il est rigoureusement interdit de couper un palmier ! Cela convient finalement bien aux cultivateurs, qui font pousser des céréales en abondance toute l’année grâce à l’ombre qu’ils apportent et à un système de canaux d’irrigation qui quadrillent toute la palmeraie.

Palmeraie de Tiout, Taroudant Palmeraie de Tiout, Taroudant
Village de Tiout au Maroc

Le village de Tiout

Derrière la palmeraie, les grosses roues du 4×4 d’Éric nous permettent de remonter l’oued. Il s’agit du lit d’une rivière fantôme, parfaitement sèche l’essentiel de l’année mais qui peut se transformer en l’espace de quelques heures en un torrent incontrôlable. Nous nous installons sous un bel arganier pour pique-niquer à notre tour avec quelques produits locaux : olives marinées, avocats, pain marocain à la semoule, oranges… La dolce vita à la marocaine !

Arganier du Maroc 4x4 dans l'oued, près de la palmeraie de Tioute Said sous l'arganier

Deux femmes descendent l’oued à pied. D’après Saïd, il n’y a aucun village à proximité et elles ont probablement marché plus de dix kilomètres. Il y a un monde entre le style de vie urbain d’une grande partie de la population marocaine et celui beaucoup plus rustique des villages berbères isolés.

À ce propos, les berbères parlent ici une langue appelée le chleuh. Non non, ce n’est pas de l’allemand. Le mot venait de cette région, avant d’être déformé par les soldats français pour désigner n’importe quelle langue étrangère durant la Grande Guerre.

Sur le chemin du retour, nous croisons un ami de Saïd et plusieurs compères qui déjeunent sous un arbre. Nous acceptons bien volontiers l’invitation à prendre le thé. De toute façon, refuser est considéré comme une injure au Maroc !

Dessin : invités à un pique-nique par des Marocains sympas

Nous retirons nos chaussures pour prendre place sur l’épais tapis et nous rapprocher de la table basse en bois. Vous avez bien lu : une table en bois. Voilà du matériel de pique-nique de compétition. Et vas-y que je te sors des gâteaux, des oranges, des pommes, des bananes… Et vas-y que je te ressers du thé !

Papi marocain

L’un des pique-niqueurs de la bande. La classe n’est-ce pas ?

Pour terminer cette superbe journée, Éric et Saïd nous emmènent prendre le thé (encore un !) dans l’hôtel d’une de leurs connaissances sur la route. Un endroit de rêve à l’ambiance mille et une nuits. Ça ne suffit pas à attirer les clients et le gérant nous explique que les chambres restent vides la majeure partie de l’année. Il a beau baisser les tarifs, même à 70€ la nuit, les touristes sont trop rares à Taroudant. Nous ne l’avons pas testé mais nous allons quand même lui faire un petit coup de pub par sympathie : il s’agit du Riad Jnane Inesi. Racontez-nous si vous y dormez !

Riad marocain Riad marocain

 

Conseils pratiques sur Taroudant

Venir depuis Marrakech en transports en commun : Le trajet se fait en deux étapes. Prenez d’abord un bus pour Agadir (110 dirhams par personne avec la compagnie CTM, départs fréquents, 3h30). Ensuite, pour rejoindre Taroudant, cela se complique car il n’y a qu’un seul bus par jour, tôt le matin. N’hésitez pas à prendre un taxi collectif, ils sont confortables et bon marché (37 dirhams par personne). Ils se prennent à la station appelée « Abattoir ». Nous aurions bien aimé avoir cette information, car nous avons dû nous rabattre sur un taxi privé beaucoup plus cher : 250 dirhams la course. Le trajet prend environ 1h15.

Taxi : Comme notre chauffeur de taxi Hassan était très sympa et fiable, nous vous confions son numéro de téléphone : +212 6 61 57 80 55. Il est basé à Agadir et il n’a, selon lui, jamais manqué un rendez-vous de sa vie.

Location de voiture : Si besoin, il y a plusieurs loueurs dans Taroudant, introuvables sur Internet, au tarif de 250 dirhams par jour. Nous avons même aperçu des loueurs de mobylettes.

Hébergement : Nous avons trouvé sur AirBnb ce beau riad rénovéi, qui conserve bien la fraîcheur et convient jusqu’à cinq personnes. Au passage, vous passerez le bonjour à Éric de notre part ! Et si vous n’êtes pas encore inscrits sur AirBnb, profitez de notre lien de parrainage pour économiser 34€ sur votre première réservation.

Restaurants : Pour le petit déjeuner, nous vous recommandons de vous attabler à un café et de commander une bissara, sorte de soupe de fèves épaisse qui se déguste avec du pain. Pour un repas sans prétention, rendez-vous au restaurant Les Arcades, situé sur la place Assarag. Pour 70 dirhams (50 pour les végétariens) vous aurez un tajine, une boisson et des fruits en guise de dessert.

Huile d’argan : La coopérative de femmes Al Oukhowa située à Taroudant offre un bon accueil et fabrique des produits de qualité. Elle se situe au n°445 avenue Moukaouama / rue Oulad Bounnouna, proche du poste de police.

Mi-fugue, mi-raison À propos de nous

Nous sommes deux fugueurs : nous avons changé de vie pour voyager en continu à travers le monde, sans date de retour. Ce que nous aimons, c'est prendre notre temps. Alors, nous avançons au gré de nos envies, sans nous précipiter, afin de nous imprégner des ambiances particulières à chaque coin du monde. Pour en savoir plus, c'est ici.



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18 réponses à “La charmante Taroudant au sud du Maroc”

  1. Martine dit :

    Ils sont sympas ces Marocains ! Partout où vous passez, vous nous donnez envie d’y aller !vous êtes très positifs! c’est agréable de vous lire !

    • mifuguemiraison dit :

      Merci ! C’est particulièrement facile d’être positifs pour cet article, l’accueil des Marocains nous a mis tellement de bonne humeur là-bas !

  2. geoffrey dit :

    Changement de continent ! Et le reste de l’Afrique ?
    La photo de la théière sur les marches avec les oranges est splendide, celle du tajine aussi !
    Bises et continuez ainsi !

    • mifuguemiraison dit :

      Merci !

      Le reste de l’Afrique viendra ! On ne va pas se limiter au coin nord-ouest d’un continent, mais bon là disons que c’était une sorte d’escale sur notre chemin vers les Canaries !

  3. Ségolene dit :

    Ca change du Sri Lanka effectivement ! Mais toujours aussi agréable à lire, et on retrouve les belles photos et les illustrations rigolotes ! Bisous à vous deux et à très bientôt !

    • mifuguemiraison dit :

      Ça n’a plus grand chose à voir avec le trop-plein de verdure du Sri Lanka, mais ça donne de tout aussi beaux paysages !

      Bises !

  4. Isabelle dit :

    Comme c’est beau ! 🙂

  5. Anne-Sophie dit :

    Très joli récit sur ce pays qui ne mérite sûrement pas la mauvaise pub qu’il subit. En tout cas j’ai beaucoup aimé cet article, on arriverait presque à sentir l’huile d’olive et l’odeur d’âne depuis là 😝

    • mifuguemiraison dit :

      Merci ! Nous, ce sont les parfums du thé à la menthe et du tajine qui nous reviennent dès que nous pensons au Maroc !

  6. Marie dit :

    ça me rappelle de bons souvenirs, on n’a pas été à Taroudant, mais on a fait 3 beaux voyages au Maroc, Tiens, ça donnerait bien envie d’y retourner 😉 et là je le sais direct, pas en été !!!!

    • mifuguemiraison dit :

      Vous aviez fait de magnifiques albums photo aussi ! Effectivement, c’est peut-être pas une très bonne idée d’y aller en plein été. Les températures montent facilement au-dessus de 40°C et la ville doit tourner au ralenti…

  7. Merci pour ce très bel article que j’ai lu avec le sourire de la première à la dernière ligne !
    C’est très bien rédigé et ça me donne des idées pour mon premier voyage au Maroc dans deux semaines.

  8. Morad dit :

    Je suis de taroudant, j’aime lire des témoinages sur ma ville, c’est un bon article merci à vous

  9. Essadik dit :

    Merci pour ce très bel article concernant ma ville taroudant .n hésitez pas de visiter cette ville

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