Mi-fugue, mi-raison

Marrakech, quel souk !

Publié dans la catégorie Maroc, le 6 juillet 2019

Les sacs sur le dos et le soleil sur la tête, nous pénétrons dans la nébuleuse médina de Marrakech. Cela grouille de tous les côtés. De passants, de touristes, de boutiques, de poussière, de bruit, de charrettes tirées par des ânes, de moteurs… Quel souk !

Médina de Marrakech au Maroc

Les Marocains s’amusent de nous voir suivre nos smartphones. Nous insistons. À l’heure où les technologies envoient des engins robotisés dans tout le système solaire, elles ne sauraient pas nous aider à trouver notre hôtel dans ces quelques ruelles ? Hélas, il faut croire que la médina de Marrakech est trop complexe. Après trois tours du même bloc et dix vendeurs de babouches interrogés, nous appelons notre hôte à la rescousse.

Nous pénétrons dans le riad et… ooooooh comme c’est calme… ooooooh comme c’est beau. Une petite cour intérieure, un bassin, des plantes, des petites tables, un thé à la menthe qui nous souhaite la bienvenue et surtout aucun bruit. L’architecture des riads semble avoir été inventée rien que pour cela, isoler du brouhaha de la rue.

Thé à la menthe au Maroc

 

Le grand souk de la médina

Impossible de vous parler de la vieille ville de Marrakech sans décrire son souk artisanal. Les ruelles d’un coin de la médina ont vu apparaître le plus phénoménal marché de tout et n’importe quoi que nous ayons jamais rencontré. Nous hallucinons du nombre de boutiques et des montagnes d’objets qui attendent ici d’être achetés. Nous ne serions pas étonnés d’apprendre que le stock est suffisamment fourni pour redécorer tous les salons, chambres, cuisines et salles de bain à travers le globe.

Souk dans la médina de Marrakech Mains de fatma à Marrakech Plaques par métier au souk de Marrakech

Même si nous n’achetons pas de souvenirs, nous devons saluer le savoir-faire et surtout l’humour des artisans. Il est facile de bien s’amuser en observant les étals !

Les vendeurs ne harcèlent pas du tout. Au pire, ils invitent à regarder puis laissent tranquille. L’ennui, ce sont les passages constants de mobylettes. Pas de marchandage possible, il faut être prêt à se jeter au mur dès que l’une d’elles arrive à plein gaz, c’est-à-dire toutes les trente secondes.

 

Les quartiers résidentiels de la médina

La médina est bien plus qu’un souk. Derrière baboucheland, une autre facette de Marrakech se dévoile aux promeneurs égarés, celle où les Marocains vivent, prient, avancent les bras chargés de victuailles. Un âne tire docilement une charrette. Plus loin, des enfants jouent à la marelle. Des hommes se déchaussent pour passer la porte d’une mosquée. Un vendeur de poulets tape sur sa télévision pour retrouver l’image. Un coiffeur court décrocher son diplôme du mur de son officine pour tenter de nous convaincre…

Âne dans une rue de Marrakech Marocain en djellaba dans la médina de Marrakech La médina de Marrakech au Maroc

Et puis, en changeant de rue, les moteurs pétaradent à nouveau, éjectant les passants contre les murs et transformant la flânerie en corrida à klaxon.

Mobylette à Marrakech au Maroc

Perdus pour perdus, nous laissons le hasard choisir notre destination et nous présenter les petits détails dont nous sommes friands.

Jolie rue dans la médina de Marrakech Marchand de pain et d'œufs à Marrakech Pâtisseries marocaines Chat et clémentines au Maroc

 

Autour de la médina de Marrakech

Au sud de la médina se trouve un petit quartier lui aussi entouré de fortifications, appelé la Kasbah. La différence avec les ruelles de la médina est si subtile qu’il est facile d’y pénétrer sans s’en apercevoir. Le quartier de la Kasbah est cependant plus calme et mieux entretenu, tout de rose vêtu, et il nous rappelle par moment les ruelles de Rome. Sauf que nous devinons, derrière les murs, des centaines de cours de riads agrémentées de petites fontaines.

Quartier de la kasbah à Marrakech, Maroc Gamin dans les rues de Marrakech

C’est ici que nous débusquons l’une des plus belles portes d’entrée de Marrakech, la Bab Agnaou.

Dessin : la porte Bab Agnaou, à Marrakech

En remontant vers le nord, la grande mosquée Koutoubia nous attend de pied ferme. Comme d’habitude au Maroc, l’intérieur ne se visite pas, mais l’extérieur satisfait déjà notre curiosité. Son édification s’est déroulée à peu près à l’époque de celle de Notre-Dame de Paris et sa hauteur est similaire. Les idées se propageaient, les résultats différaient.

Mosquée de la Koutoubia à Marrakech

Nos pas nous mènent à la fameuse, la légendaire, l’immortelle place Jemaa el-Fna. C’est l’esplanade du grand n’importe quoi. Des groupes de musiciens dodelinent de la tête en rythme, concurrencés trois mètres plus loin par d’autres troubadours à contre-rythme, des vendeurs de jus pressent les chalands, des tatoueuses au henné attrapent les mains qui passent et les rendent couvertes d’arabesques, des marchands ambulants déambulent en bêlant, des serpents cherchent à se tirer des flûtes censées les retenir…

Place Jema el Fnaa à Marrakech Passant à vélo à Marrakech au Maroc Vendeur de ballons à Jema el Fnaa, Marrakech

Naviguer au milieu de cette cour des miracles nous rappelle les trains fantômes de notre enfance. De nouvelles surprises font irruption à droite ou à gauche de notre route, pauvres animaux sauvages transformés en chair à selfies, diseuses de bonne aventure ou danseurs infatigables, que nous contournons jusqu’au suivant.

Notre bouée de sauvetage prend la forme d’une terrasse, celle du Grand Balcon Café Glacier. Ironiquement, nous y retrouvons tellement d’autres touristes en quête de tranquillité que la place en contrebas nous semble presque plus paisible.

Place Jema el Fnaa à Marrakech

En soirée, l’ambiance change. Les vacanciers étrangers libèrent la place aux Marocains de passage, friands de spectacles déclamés et de jeux d’adresse. Jemaa el-Fna n’a pas attendu les touristes internationaux pour exister, elle possédait déjà sa réputation festive il y a trois-quatre siècles !

Jeu de bouteilles à Marrakech Place de Jema el Fnaa en soirée

Pour le dîner, nous pensons d’abord opter pour l’un des innombrables stands de nourriture qui étalent leurs tables sous des toiles ou des étoiles, puis grillent toutes sortes de choses.

Stand de nourriture à Jema El Fnaa

Finalement, la ténacité des rabatteurs nous en dissuade. Nous nous rabattons nous-mêmes, sans besoin d’aide, sur un petit restaurant dont la terrasse offre une vue sur l’ensorcelante place. Depuis les toits de Marrakech, le coucher de soleil prend une teinte magique, surtout lorsque les innombrables mosquées s’éveillent une à une de leurs notes mélodieuses.

Place Jema el Fnaa à Marrakech

Il faut avouer que les notes paraissent un peu moins mélodieuses lors de l’appel à la prière nocturne, vers 4h du matin. Enfin… cela dépend pour qui !

Dessin : l'appel à la prière en pleine nuit au Maroc

 

Quelques musées dignes d’intérêt

Le jour trois, place aux musées ! Pas le Jardin Majorelle, déjà visité quelques années plus tôt et dont nous gardons un excellent souvenir (entrée 50 dirhams). Un apaisant mélange de nature et d’architecture imaginé par l’artiste Jacques Majorelle et illuminé par la nuance de bleu qui porte son nom.

Aquarelle : le jardin Majorelle, Marrakech

Cette fois-ci, nous visitons la Maison de la Photographie de Marrakech. Le musée présente le travail de photographes du début du XXᵉ siècle et les superbes clichés qu’ils prenaient des villes marocaines, des paysages, des habitants… Les portraits de femmes berbères sont incroyables. Prix 50 dirhams.

Maison de la photographie à Marrakech

Nous enchaînons avec le Musée de l’Orientalisme, un havre de paix. C’est suffisamment rare à Marrakech pour être noté ! Le magnifique riad rénové abrite une collection d’objets et tableaux de toutes époques dont le point commun est d’avoir trait à l’Afrique du Nord. Le tarif est ici encore de 50 dirhams. En prime, une belle vue sur les toits de la médina.

Vue panoramique sur Marrakech

 

Notre avis sur Marrakech

Il est difficile d’avoir un avis tranché sur une ville aussi complexe ! Les artères touristiques bousculent et fatiguent, tandis que les murailles roses, les mosquées et les palais disséminés apaisent l’esprit. Finalement, ce sont les coulisses de la ville, où les Marrakchis poursuivent tranquillement leur vie parallèle, qui nous auront le plus fascinés.

Alors oui, Marrakech reste selon nous un passage obligé lors d’un voyage dans le sud marocain, le temps de vibrer au rythme de ses tam-tams et de saisir l’ampleur du désordre. Mais n’en faites pas votre destination principale, gardez votre énergie pour découvrir les autres merveilles du pays !

Conseils pratiques pour visiter Marrakech

Transport de Casablanca à Marrakech

Nous avons pris le train pour 2h30 et 110 dirhams. Les Marocains se plaignent beaucoup de la ONCF, mais nous avons eu tous nos trains à l’heure et trouvé l’expérience simple et pratique. Une fois à la gare, trouver un taxi honnête est une autre histoire. Certains n’hésitent pas à demander 120 dirhams pour rejoindre la médina. C’est beaucoup en comparaison du tarif qu’indiquerait le compteur (10 dirhams !). En nous éloignant et en hélant un taxi qui roule, l’un d’eux a accepté pour 20 dirhams.

Où dormir à Marrakech

Ne sous-estimez pas l’aspect fatigant de Marrakech, choisissez un lieu calme et reposant. La bonne nouvelle, c’est que l’architecture des riads rend cette exigence possible même dans les coins les plus agités de la ville.

Pour notre première nuit, nous avons dormi au Riad 117 (~43€)i, tout simplement parfait. Un havre de paix, une décoration de bon goût, un accueil très doux. Mention spéciale pour l’excellent petit déjeuner inclus, servi au bord du bassin et pour l’emplacement très central.

Riad à Marrakech au Maroc

Au retour de notre road trip jusqu’au désert, nous sommes restés plus raisonnables au niveau du budget en dormant trois nuits au Riad Rockech (~26€)i. C’est clairement plus simple que notre premier logement, mais cela reste une option très correcte pour Marrakech. La terrasse sur le toit est sympa et le quartier tout rose de la Kasbah est charmant. Seul défaut notoire : le haut-parleur de la mosquée voisine qui réveille en sursaut !

Où manger à Marrakech

Notre meilleur repas, de loin, était à la Table de la Kasbah. La terrasse est superbe, la nourriture encore meilleure, l’accueil est au top et les prix un peu élevés sont justifiés (par exemple 85 dirhams le couscous végétarien). Gardez une petite place pour la mousse au chocolat aux épices en dessert !

Notre dîner avec vue sur la place Jemaa el-Fna abordé plus haut était au Café Kessabine. Les prix sont raisonnables (60 dirhams le plat) mais les portions sont un peu légères. Venez donc surtout pour la vue. La plus belle terrasse n’est pas celle de l’établissement principal mais celle de l’annexe, située en face.

Une option moins chère, dans la médina, est le Green Vegetarian. Comme le nom l’indique, la carte est entièrement végétarienne, en revanche les plats ne sont pas très recherchés.

Lors de notre précédente visite de Marrakech, nous avions dîné sur l’un des stands de la place Jemaa el-Fna. Nous n’avons pas de stand particulier à recommander, suivez votre instinct. Les choix végétariens ne sont pas nombreux mais trouvables (légumes grillés, omelettes…). L’ambiance est très sympa, nous gardons un souvenir convivial d’un réveillon du 31 décembre passé ici au milieu des familles marocaines. Faites juste attention aux rabatteurs, ils sont sur les dents et prennent mal les refus.

Le midi, il est facile de concocter des pique-niques avec du pain frais, des fruits et des légumes trouvés dans la rue.

Dernier conseil

Si possible, évitez de venir le samedi et le dimanche, il y a foule ! Marrakech semble devenir une destination de week-end pour beaucoup d’Européens.

Mi-fugue, mi-raison À propos de nous

Nous sommes deux fugueurs : nous avons changé de vie pour voyager en continu à travers le monde, sans date de retour. Nous avançons au gré de nos envies, sans nous précipiter. Pour en savoir plus, c'est ici.


Nous sommes aussi freelances : Mi-fugue est photographe, Mi-raison est illustrateur et nous sommes tous deux rédacteurs. Envie de travailler avec nous ?


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16 réponses à “Marrakech, quel souk !”

  1. Geoffrey dit :

    Les vendeurs du souk ne harcèlent pas? On a pas dû y aller à la même époque. Ce qui est fatiguant avec Marrakech Arnakech comment les Marocains eux-mêmes l’appellent sont les sollicitations incessantes. Mais oui il y a du charme tout de même.

    • Arnaud dit :

      J’ai aussi été très harcelé à Marrakech et insulté lorsque je refusais ou ignorais les sollicitations. Sans parler des nombreuses fois où on me disait « non, par là c’est fermé » pour me faire changer de direction (ça m’est arrivé dans absolument chaque ville du Maroc mais jamais autant qu’à Marrakech). J’ai beaucoup aimé le jardin Majorelle mais à part ça je me suis senti mal à l’aise dans cette ville, où je n’ai pas su rester plus de 2 jours. Quel calme en arrivant à Essaouira, qui a tellement plus de charme selon moi !

      • geoffrey dit :

        Voilà exactement ce que nous avons ressenti au Maroc.
        Mi-fugue, mi-raison, quelle est la solution à cela? Car vous avez l’air de voir les choses complètement différemment !

        • mifuguemiraison dit :

          On n’a pas vraiment de solution à proposer, puisqu’on n’a pas eu le problème ! On ne raconte ici que notre ressenti, après trois visites de la ville (cinq pour Mi-raison). Désolés que tu n’aies pas matché avec le Maroc, ça nous rappelle le Nicaragua que tu avais aimé et avec lequel nous n’avions pas accroché.
          Sinon, il est possible que cela aide de se promener en souriant, de s’éloigner des rues les plus touristiques, et de se préparer psychologiquement à une ville connue pour être fatigante. Remercier un rabatteur plutôt que l’ignorer ou le dégager semble également efficace. On n’a pas écrit que Marrakech était toute calme non plus, les rabatteurs de la place Jemaa el-Fna nous ont gonflés, mais on a eu moins de sollicitations que dans le quartier touristique de… Palerme par exemple ! Qui l’eût cru ?

      • mifuguemiraison dit :

        Zut, nous c’est à Fès qu’on a trouvé les rabatteurs pénibles. À Marrakech, on s’était préparés au pire et finalement on a été étonnés de pouvoir se balader tranquillement… Le hasard y est sûrement pour beaucoup. En tout cas, c’est sûr qu’Essaouira est bieeeen plus reposante !

  2. Philippe dit :

    Merci pour ces jolies photos et dessins (mention spéciale pour la villa Majorelle en aquarelle !). Je retrouve mes propres impressions sur la ville un peu agaçante si on cherche à garder le contrôle, joyeuse et amusante si l’on cherche à samuser. Cela dépend vraiment de l’humeur de qui la visite.
    A bientôt,
    Philippe

    • mifuguemiraison dit :

      Bonjour Philippe,
      Merci à toi pour les compliments ! Effectivement, être de bonne humeur aide à supporter la ville. Et nous étions aussi super heureux d’avoir des logements calmes et reposants en guise de sas de décompression 😄

  3. Bernard & Isabelle dit :

    Une bien jolie déambulation dans les rues de Marrakech… et bravo également de notre part pour la mise en dessin du jardin Majorelle, ce havre de paix aux couleurs magnifiques !

  4. Kiwi dit :

    Merci les voyageurs !
    Une déception cependant : nous vous suivions (jusqu’à parfois avoir l’impression un peu étrange de suivre une fille repérée dans la rue et d’aller manger la où elle avait été manger…) de l’Arménie a la Géorgie en passant par l Azerbaijan (l un de nous en a été jusqu’à rêvé d’être en voyage avec vous, c’est dire)… Et là, horreur, dégoût et frustration immense !…
    Vous n’avez pas mis les pieds en Asie centrale ? Mais que va-t-on devenir a présent, sans vos articles avisés ? Nous voilà déjà perdus, la faute à vous !
    Tout cela pour dire, bravo pour tout ce contenu d’une merveilleuse qualité 🙂 pourvu que ça dure !

    • mifuguemiraison dit :

      Aïe, nos excuses les plus sincères… On ne sait pas comment se faire pardonner !
      Écoutez, trouvez-vous un bon coin et ne bougez plus, on arrive tout de suite. Puis on visite, vous nous suivez discrètement et vous mangez là où on a mangé, ça vous va ? 😀
      En tous cas votre circuit a l’air sympa, vous visez quels pays dans les prochains mois ?

  5. Kiwi dit :

    C’est-à-dire que sous 43°C, on va essayer de passer outre la frustration et avancer plutôt que de rester sur place :’)
    Cet été on envisage de rester dans les -stan (ouz/tajik/kyr et kazakh) avant de descendre vers le Népal et l’Inde quand il commencera à faire plus frais 🙂

  6. sylvie dit :

    Merci pour les conseils , nous partons mon fils et moi dans 15 jours .C’est notre premier voyage pour Marrakech.
    Je suis un peu inquiète pour ces histoires de rabatteurs…
    nous ne sommes pas des voyageurs c’est notre première destination…

    • mifuguemiraison dit :

      Bonjour Sylvie,
      Il ne faut pas t’inquiéter plus que cela, ils sont globalement de bonne humeur, voire blagueurs. La bonne approche est de continuer d’avancer en souriant et en les remerciant, plutôt qu’en les envoyant balader !

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