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Badami : surprises architecturales au cœur de l’Inde rurale

Publié dans la catégorie Inde, le 28 mars 2019

Après une superbe étape à Hampi, nous poursuivons avec les noms mignons qui finissent en « i ». Nous partons pour Badami !

Ce lieu est moins connu et nous ne croiserons d’ailleurs pratiquement aucun étranger, comme c’est le cas dès que nous nous éloignons un peu du circuit touristique classique en Inde. Pourtant, les découvertes y sont encore une fois surprenantes et passionnantes. En guise de preuve, Badami et toute sa vallée sont inscrites au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en tant que berceau de l’architecture typique des temples hindous. Alors en route pour admirer les arrière-grands-parents de tous les autres temples du pays !

 

Badaboum Badami : du bruit, du bazar, des tracteurs en commun

Première surprise en arrivant dans le centre de la petite ville de Badami : mais qu’est-ce que c’est que ce vacarme ? L’artère principale est un concert permanent de klaxons. Nous n’avons pas entendu pires klaxico-dépendants que les Badamiens. À croire que leurs avertisseurs sonores sont à la fois reliés à leurs pédales d’accélérateur et de frein.

À quoi cela leur sert-il ? À dégager les piétons pardi. Piétons qui marchent sur la chaussée puisque les trottoirs sont, comme dans toute ville indienne qui se respecte, impraticables.

Dessin : installation d'un klaxon et d'une musique de recul sur une voiture en Inde

Ajoutez à cela beaucoup de poussière ainsi qu’un soleil qui tape sans pitié sur nos pauvres caboches… Ah comme les palmiers et la quiétude d’Hampi semblent loin ! D’ailleurs, tout nous semble loin. Nous sommes perdus au fin fond de l’Inde, au cœur d’une culture plus indéchiffrable que jamais.

Dessin : l'Inde, distributeur de surprises

Tenez, par exemple, à Badami le transport public local est le tracteur sur-décoré. Les passagers s’entassent dans la benne, puis l’engin s’élance à pleine vitesse à travers les rues, klaxonnant le plus fort possible pour que personne ne rate son costume de vahiné.

Tracteur décoré à Badami, Karnataka, Inde

Nous mettons un peu de temps à décoder le panneau suivant, fréquent dans les rues. Un stop ? Non, le symbole des diseurs et diseuses de bonne aventure !

Diseur de bonne aventure

Et puis nous ne vous parlons même plus de toutes les scènes de rues qui, au bout de quarante jours en Inde, commencent à nous paraître parfaitement normales…

Ville de Badami, Karnataka, Inde Buffle aux grosses cornes à Badami, Inde Coiffeur à Badami en Inde Village de Badami en Inde

 

Les Slums de Badami

La partie historique de Badami, avec ses temples et ses grottes, se trouve au bout d’un quartier appelé « Slums », c’est-à-dire bidonvilles pour ceux qui auraient raté le film Slumdog Millionaire.

Slums de Badami, Karnataka, Inde

Même si les maisons en dur ont depuis longtemps remplacé celles de bric et de broc, ce quartier reste le plus populaire. Nous croisons en vrac des enfants qui rentrent de l’école, des vaches qui mâchent du plastique, des femmes qui papotent sous un arbre, des singes à la recherche de leur prochain larcin, des papis qui lisent le journal, des cochons qui grignotent les bouses de vache, des habitants qui se lavent les dents à la fontaine, un homme qui tire une chèvre morte… Et à nouveau des cochons noirs, c’est fou comme ils sont nombreux. Nous nous demandons si le quartier ne serait pas à majorité musulmane, ce qui expliquerait qu’ils s’y sentent en sécurité.

Badami : cochon et singe

Bien évidemment, nous ne passons pas inaperçus. Il faudrait inventer une expression pour cela : « Curieux comme un Indien devant un touriste » ! Nous nous retrouvons à serrer les mains de la moitié des habitants que nous croisons.

Certains hommes portent de superbes turbans jaunes. Nous questionnons l’un d’eux sur leur signification. Aucune, c’est simplement une couleur qu’il apprécie.

Turban indien

Dans la rue principale des Slums se tient un petit marché particulièrement animé et coloré.

Marché de Badami en Inde Vendeurs de fleurs au marché de Badami Aubergines au marché de Badami, Inde Indiens à Badami, Karnataka

 

Les temples et grottes de Badami

Les Slums débouchent sur un très ancien lac artificiel et des ghats, surplombés de part et d’autre par deux collines, chacune coiffée d’un fort. Oui, ils sont très « forts » dans la région.

Temple de Shivalaya, Badami, Inde

Nous grimpons côté gauche. Les singes sont omniprésents et nous ne sommes pas rassurés après notre mésaventure à Hampi. Des gardiens veillent sur nous, bâton à la main et carabine dans le dos, ce qui n’est guère plus tranquillisant !

Singe à Badami, Inde

L’érosion a sculpté d’étroits boyaux dans la roche rouge, que nous empruntons pour monter. À moins qu’ils n’aient été creusés par les défenseurs de la forteresse pour mieux en contrôler l’accès. La promenade est en tous cas superbe et mène à plusieurs petits temples avec vue sur tout Badami.

Temples de Badami, Karnataka, Inde

Côté droit, nous ne grimpons pas jusqu’au sommet mais nous attardons plutôt à mi-chemin, sur les fameuses grottes (prix d’entrée 300 roupies). Celles-ci sont en réalité des temples, entièrement creusés à la main dans la colline. Quel travail !

Grottes à Badami, Karnataka, Inde

Les statues sont elles aussi taillées dans la pierre d’origine et elles sont franchement bien conservées pour leur âge, entre dix et quinze siècles. Des dieux hindous à dix-huit bras, d’autres à tête de singe ou de cochon, mais aussi quelques grands sages jaïns et ce qui semble être un Bouddha. Trois religions se sont succédé ici, laissant les grottes précédentes intactes et s’en inspirant même.

Temples de Badami, Inde Enfants aux temples de Badami, Inde

 

Interlude musical

Le soir, pour changer un peu des thalis, nous choisissons le restaurant le plus chic de la ville. Chic selon les critères de Badami bien entendu, c’est-à-dire un peu sale, avec la climatisation à fond et une armée de serveurs paniqués.

En nous voyant arriver, ils décident de lancer leur playlist spéciale Noël. Sympa, non ? Sauf qu’elle ne contient que deux chansons répétées en boucle : Last Christmas et Jingle Bells. Ouf, nous en sommes sortis juste avant de devenir fous !

 

Les temples de Pattadakal et Aihole

Le deuxième jour, nous nous élançons en rickshaw vers deux autres temples réputés de la vallée : ceux de Pattadakal et d’Aihole. C’est assez loin, surtout Aihole situé à 35km via de petites routes de campagne. Ici encore, tout est très… déconcertant !

Dessin : surprises et étonnements dans la campagne indienne

Notre temple préféré est celui de Pattadakal et son ensemble de coupoles sculptées de mille détails, représentant des dieux ou figeant pour la postérité le déhanché des danseuses de l’époque.

Temples de Pattadakal, Badami, Inde Temples de Pattadakal, Badami, Inde

Comme à Hampi, les classes d’écoliers nous poursuivent : « Brother, where are you from? », « Sister, can I shake hands? » (Mon frère, d’où viens-tu ? Ma sœur, je peux te serrer la main ?). Voilà, nous avons maintenant des frères et sœurs en Inde !

Le temple d’Aihole est lui aussi mis en valeur par un large parc tout propre et de belles pelouses. Ce sont les silhouettes des bâtiments sacrés qui changent, comme si les architectes de l’époque cherchaient sans cesse à se renouveler.

Temple de Durga à Aihole, Inde Temple hindou de Durga à Aihole, Inde

En résumé, cette excursion est intéressante, mais elle représente beaucoup de route. Pour cette raison, nous avons préféré les temples autour du lac de Badami, qui s’explorent à pied et en prenant son temps. Une solution intermédiaire serait de ne visiter que Pattadakal et de ne pas pousser jusqu’à Aihole.

 

Notre avis sur Badami

Attention, nous voilà dans l’Inde « niveau difficile ». Si vous êtes des routards chevronnés et que vous n’êtes effrayés ni par le bruit, ni par la crasse, alors vous aimerez Badami. Le site est magnifique et les habitants sont particulièrement sympathiques. Une étape où nous ne nous sommes pas ennuyés une seconde !

 

Conseils pratiques pour visiter Badami dans le Karnataka

Se loger à Badami

Ce n’est pas simple. Il y a très peu d’options correctes et même très peu d’options tout court. Nous nous sommes rabattus faute de mieux sur le Rajsangam International (~27€ la nuit)i, un grand hôtel à l’indienne, avec vingt interrupteurs dans la chambre mais seulement trois qui fonctionnent, des draps troués, des murs tâchés, des employés qui dorment dans les couloirs, mais surtout un tas d’autres employés qui s’agitent et brassent du vent. Choisissez une chambre Deluxe (mouarf !) et précisez que vous la souhaitez au calme pour ne pas être trop proche de la rue la plus bruyante du monde. Bref, le prix n’est pas justifié, mais nous y avons tout de même bien dormi.

Si vous entendez parler d’une meilleure option à Badami, faites-nous signe, nous l’ajouterons.

Manger à Badami

Là encore, il y a peu d’options, du moins adaptées aux touristes.

Le midi, nous nous sommes nourris deux fois de thalis servis à la minute au Sri Veerbhadreshwar Lingayat Khanavali, un nom qui se retient facilement. Il s’agit d’un tout petit restaurant pas incroyable, mais le patron est très sympa. Pas de troubles digestifs à noter.

Sinon, la « table la plus chic de la ville » s’appelle The Bridge. Il s’agit du restaurant de l’hôtel Clarks Inn, qui se veut luxueux, avec une longue carte de plats. Le résultat est un peu cracra dans les coins, les serveurs sont désorganisés au possible, mais cela reste un restaurant qui repose, aux plats corrects. Attention, le service ne commence qu’à 19h30 le soir. Et si vous y allez avant 10h le matin, ils servent des dosas ! Wouuuh !

Excursion à Pattadakal et Aihole

Comptez environ 800 roupies pour qu’un chauffeur de rickshaw vous mène aux deux temples et vous attende sur place. Il faudra ensuite ajouter les prix d’entrée des temples, pas donnés : 600 roupies par personne pour Pattadakal et 300 roupies pour Aihole.

Trajet entre Hampi et Badami

Fatigués par une petite grippe, nous avons abandonné l’idée de nous lancer dans ce trajet en bus. Notre hôtel nous a trouvé un taxi pour 3200 roupies les trois heures. Sinon, d’après nos informations, il faut monter dans un premier bus vers Hospet, un deuxième bus vers Ilkal et enfin un troisième vous déposera à Badami.

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Nous sommes deux fugueurs : nous avons changé de vie pour voyager en continu à travers le monde, sans date de retour. Nous avançons au gré de nos envies, sans nous précipiter. Pour en savoir plus, c'est ici.


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14 réponses à “Badami : surprises architecturales au cœur de l’Inde rurale”

  1. Ampi dit :

    Toujours autant d’intérêt à vous lire. Merci.

  2. Laurence dit :

    MAGNIFIQUES PHOTOS !!! C’est un plaisir de voyager grâce à vous

  3. Ousama dit :

    Je viens de lire votre article dans le rer c
    Un grand moment de plaisir qui m a donne une bonne idee. Je proposerai de lire des articles en famille. Les filles vont aimer :).

    En lisant je me suis pose une question. Et niveau sécurité j’espère que vous navez jamais rencontrer de problème ? Je pensai a l émission « j irai dormir cgez vous »…bref bravo pour la qualité de cet article et merci de nous laisser voyager avec vous ca change du tunnel du rer 🙂

    • mifuguemiraison dit :

      Salut Ousama !
      Fais gaffe, l’amour du voyage est contagieux 🙂
      Sinon, franchement on se sent vraiment en sécurité partout. On entend tellement de choses qui font peur aux infos qu’on s’imagine le pire, en vérité (si on évite les zones de conflits bien sûr) le monde est très sûr. On se sent bien plus plus en sécurité en Inde qu’en France par exemple, les Indiens ont une profonde culture de la non-violence.

  4. Segolene dit :

    L’Inde distributeur de surprises… j’adore !
    Ben je crois que je n’irai pas a Badami vu le peu d’enthousiasme qui se dégage de cet article, mais cela reste bien agréable a lire ! Dans le train j’ai lu aujourd’hui Made in India, le laboratoire écologique de la planète, de Bénédicte Manier, très intéressant sur les initiatives qui transforment des petits bouts d’Inde : zones zéro déchet, reboisement collectif, villages éclairés au solaire, déserts transformés en oasis… en avez-vous croisé ? bisous

    • mifuguemiraison dit :

      Peu d’enthousiasme ? Zut, on a raté notre article alors, parce qu’on a adoré. D’ailleurs Mi-fugue y venait pour la deuxième fois ! C’est juste qu’on préfère prévenir qu’il ne faut pas y chercher du confort 😄
      On entend aussi parler d’initiatives écologiques, mais on ne les croise pas sur place. Il faut dire que le pays part de très très loin. Et aussi qu’il est tellement immense que même s’ils lancent des milliers de projets il faut les chercher pour tomber dessus !

      • Sego dit :

        Ah bon, c’est bizarre alors… J’ai relu l’article, c’est peut être la conclusion « inde difficile » et les difficultés de logement/restauration pour touristes qui m’ont fait dire que ce n’était pas pour moi. Mais vous, effectivement vous êtes des voyageurs de niveau +++ alors vous vous situez au dessus ce ces difficultés !

        • mifuguemiraison dit :

          Oh il y a bien des moments où on se retrouve à rouspéter. Mais en Inde, l’ambiance joyeuse et l’enthousiasme général compensent largement tout ça ! On y supporte beaucoup plus de choses que dans d’autres pays.

  5. geoffrey dit :

    Moi Ségo la description m’a donné envie.
    Pas mal le dessin des distributeurs de surprises !
    Avez-vous tenté les diseurs de bonne avanture ? Ils parait qu’ils sont redoutables en Inde du Sud et peuvent donner la date et heure de ta mort.
    C’est quoi des ghats ?

  6. Marie dit :

    Coucou, alors, j’ai trouvé votre article très chouette, on voit à travers vos magnifiques photos que c’est beau et que vous avez aimé, mais pour des vacances sereines, c’est pas là qu’il faut aller… Bon, je continue ma lecture et je vous dis pour où nous avons pris nos billets pour cet été !!!!!!!!!!!

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