Mi-fugue, mi-raison

Trivandrum, tout au sud de l’Inde

Publié dans la catégorie Inde, le 12 janvier 2019

Inde, nous voilà ! Ou plutôt nous revoilà. Huit ans et quatre ans après nos premiers voyages en Inde, nous sommes surexcités à l’idée de fouler une troisième fois le sol du sous-continent. À l’époque nous n’avions pas de blog pour raconter nos aventures et c’est bien dommage, car c’était… ébouriffant ! Nous n’avons pas pu nous empêcher de regrouper quelques anecdotes et souvenirs dans un article : L’Inde, ce pays qui rend (raide) dingue.

Cette fois, c’est parti pour deux mois en Inde du Sud exclusivement. Notre avion atterrit d’ailleurs à l’aéroport le plus au sud possible : Trivandrum. Un nom qui ne vous parlera probablement pas. C’est normal, personne ne connaît. Il s’agit pourtant de la capitale de l’État du Kerala. Et encore, il s’agit du nom simplifié par les colons britanniques, qui ne parvenaient pas plus que nous à retenir son véritable nom : Thiruvananthapuram.

Carte de Trivandrum en Inde

 

Premiers pas en Inde

À deux heures du matin, les pneus de l’avion crissent.

Dessin : descente d'avion en Inde

Nous nous faufilons dans notre file d’attente juste à nous : celle des visas étrangers. Les contrôleurs qui somnolaient s’amusent de nous voir. Soit nous sommes les tout premiers touristes de la saison, soit nous sommes les seuls à ne pas atterrir à Cochin. Commence alors un interrogatoire : combien de jours à Trivandrum ? combien de jours dans le Kerala ? quelles villes ? et combien de jours au total en Inde ? Au départ nous pensons qu’ils sont sujets au zèle administratif, sauf qu’au fur et à mesure leurs sourires s’élargissent. Ah, sommes-nous bêtes ! Nous avions oublié la curiosité indienne et la joie de parler aux visiteurs !

Nous demandons si le tapis à valises est bien sur la droite, ce à quoi l’employé répond d’un « non » de la tête. Alors que nous partons vers la gauche, il nous rappelle et nous montre la droite. Ah, sommes-nous bêtes, nous avions oublié les fameux signes de tête indiens impossibles à déchiffrer.

À trois heures du matin, nous atteignons la guesthouse. Notre hôte, qui roupillait sur le canapé, se lève d’un bond. Encore une chose que nous avions oubliée (décidément) : les Indiens n’accordent aucune importance au sommeil. Ni au leur, ni à celui des autres. Alors que nous rêvons de nous coucher, il nous installe dans son salon, entame une série de mille questions, puis se lance dans le récit de sa vie et celle de sa femme, deux architectes à la retraite qui zzzzzzzzzzz…

Quelques heures plus tard, nous les retrouvons pour un petit déjeuner savoureux : des idiyappams (sortes de crêpes de vermicelles) recouverts d’un curry vert à la noix de coco. Attaquer la journée avec un repas salé est la norme en Inde et finalement… ça passe bien ! Avec un peu de piment évidemment, pour mieux réveiller les papilles endormies.

Dessin : petit déjeuner épicé en Inde

 

Découverte de Trivandrum : ambiance à la keralaise

Pour rejoindre le centre-ville, nous appelons un rickshaw, le nom indien du tuk-tuk. Nous demandons au premier qui passe son tarif en nous préparant mentalement à une difficile négociation. Rien. Il allume d’office un compteur. Nous cherchons l’arnaque… pas d’arnaque. Nom d’un Ganesh en bois, ça c’est l’Inde version facile !

Rickshaw à Trivandrum, Kerala

Nos hôtes nous avaient prévenus, une grève particulièrement suivie paralyse les bus et un bon nombre de lieux. Il y a effectivement peu de monde sur les routes et de nombreux magasins sont fermés. La raison est religieuse. La cour de justice vient d’autoriser toutes les femmes à accéder à un temple important de la région, jusque-là interdit à celles en âge de procréer. Les conservateurs hindous ne veulent rien savoir et grognent.

Nous apprendrons quelques semaines plus tard que les Keralaises, en protestation, ont formé la plus longue chaîne de l’histoire de l’humanité : cinq millions de femmes alignées au coude à coude sur 620km. C’est beau.

Nous démarrons notre visite par le Kanakakunnu Palace, un bâtiment colonial rouge au sommet d’une petite colline qui fait office de parc public. Les familles piquent-niquent et les jeunes couples fricotent.

Kanakakunnu palace à Trivandrum, Kerala, Inde

Nous descendons à pied la MG Road, contraction de Mahatma Gandhi. À peu près toutes les villes d’Inde ont une MG Road, généralement la plus grande. À Trivandrum, elle passe au milieu des édifices les plus importants de la ville : l’université, les administrations, plusieurs temples hindous, un stade de cricket… ce dernier étant sans aucun doute LE bâtiment le plus important aux yeux des Indiens !

Musée Napier, Thiruvananthapuram, Inde

Le Napier Museum

Le tout nous semble étonnamment propre, aéré, bien entretenu. En ce sens, Trivandrum et le Kerala en général n’ont pas grand-chose à voir avec l’Inde du Nord. Oh et il n’y a pas de vaches ! Pas plus de chèvres, cochons, chiens… Tout juste quelques écureuils. Nous pouvons nous promener le nez en l’air et les narines grandes ouvertes sans le stress de la bouse de vache !

Ville de Trivandrum, Kerala, Inde

La fameuse MG Road

Libraire sous un arbre à Trivandrum, Inde

Librairie devant l’université

Ville de Thiruvananthapuram, Kerala, Inde

Oh, une église ! Un Keralais sur cinq est chrétien.

Le cinéma occupe une place importante dans la culture indienne, ainsi que sur les murs des villes. Nous repérons partout des affichettes pour les films du moment. Mais pas les blockbusters de Bollywood qui sont en hindi, donc incompris des Keralais qui parlent malayalam. Le Kerala possède ses propres studios et ses propres stars.

Affiches de films indiens

Généralement, lorsque nous avons une fringale dans un pays tropical, nous choisissons les bananes. Ici nous tombons avec surprise sur des bananes roses, au goût plus sucré. Nous nous laissons aussi tenter par un petit stand de cacahuètes chaudes. Elles sont délicieuses et deviendront notre nouveau snack préféré en Inde.

Street food à Trivandrum, Kerala, Inde

Autre singularité du Kerala : cet État est communiste. Nous écarquillons les yeux la première fois que nous croisons des statuettes représentant la faucille et le marteau ou que nous apercevons la tête de Karl Marx et Mao Zedong sur des affiches rouges. Nous ignorons si c’est lié, mais l’éducation atteint ici des niveaux records pour le pays.

Affiche communiste au Kerala, Inde

Dernière étape de notre promenade, nous rejoignons un temple à l’écart de la MG Road. Les bâtiments coloniaux disparaissent, les rues se resserrent et s’empoussièrent tandis que l’animation monte d’un cran.

Ville de Thiruvananthapuram, Inde Vendeur à Trivandrum, Kerala, Inde

Le temple surgit au-dessus des toits, pyramide finement ouvragée de milliers de détails. Concentrez-vous, il n’existe pas de version courte de son nom : le Temple Sree Padmanabhaswamy.

Temple Sree Padmanabhaswamy à Trivandrum

La foule converge vers l’entrée, dont de nombreux pèlerins repérables à leurs habits noirs. Ce temple n’est pas interdit aux femmes, en revanche il est réservé aux Hindous comme quelques autres temples importants en Inde du Sud. C’est frustrant, mais déjà bien plus compréhensible. Nous en entreprenons le tour dans l’espoir d’admirer ses formes de plus près, mais rien, nada, pas la moindre lucarne. Finalement, le meilleur point de vue se trouve de l’autre côté du bassin sacré, avec en prime un coucher de soleil plutôt fameux.

Temple Sree Padmanabhaswamy à Thiruvananthapuram

Vous voulez connaître un secret ? Les caves du Sree Padmanabhaswamy recèlent le plus important trésor du monde. Oui, du monde. Quatorze milliards d’euros environ, en or, bijoux, diamants… Bon, ce n’est plus vraiment un secret. L’État a voulu vérifier la légende et a enfoncé des portes verrouillées il y a plus de cent cinquante ans pour recenser le magot et atteindre ce chiffre. Sauf que la porte de la cave principale, protégée par une puissante malédiction, résiste encore et toujours aux tentatives d’ouverture et qu’elle est supposée cacher la partie la plus importante du trésor.

Dessin : porte du trésor du temple Sree Padmanabhaswamy à Trivandrum

Mais au fait, qui va bénéficier de ce trésor ? Le débat fait rage entre les prétendants, et comme l’un d’eux est Vishnou, le dieu à qui les offrandes étaient dédiées, cela complique les choses. En attendant, le temple est surveillé 24h sur 24 par des gardes lourdement armés.

 

Dosas à volonté, c’est notre tournée !

De notre côté, nous nous replions sur un autre trésor : la cuisine indienne. C’est l’heure de réaliser ce dont nous rêvions depuis loooooongtemps : redéguster une dosa, la crêpe emblématique d’Inde du Sud, tellement grasse mais tellement bonne. Pour plus de croustillant, choisissez la paper dosa ou la ghee roast dosa, puis mangez-la avec les doigts car de toutes façons aucun couvert n’est adapté.

Dosa indienne

Dans un genre légèrement différent, nous adorons les uttapams tomate-oignon qui sont des crêpes plus moelleuses. Et pour faire passer le tout, rien de tel qu’un chai bien sucré en dessert !

 

Les plages de Kovalam et Shankumugham

La deuxième journée commence à nouveau de la meilleure des manières : un bon petit déjeuner ! Cette fois-ci nos hôtes cuisinent des appams, une autre forme de crêpes à base de lait de coco et de riz, recouverte d’un curry « juste un peu épicé ».

Notre premier objectif de la journée est la plage de Kovalam, située à 13km vers le sud. Cette station de bord de mer nous semblait assez connue auprès des touristes étrangers mais, surprise, nous n’en croisons quasiment pas. En revanche, et probablement grâce au weekend, il y a foule d’Indiens. Dommage que le soleil ne soit pas de la partie.

Plage de Kovalam en Inde du sud

Comme les Indiens sont à la fois pudiques et débordants d’enthousiasme, enfants et adultes se jettent tout habillés à l’eau et se roulent dans les grosses vagues en riant.

Plage de Kovalam, Kerala, Inde du sud

Un groupe de rochers coupe la plage en deux. De l’autre côté, l’ambiance est plus sérieuse avec de nombreux pêcheurs qui rangent leurs filets sous l’œil d’un grand phare rouge et blanc. La plage est aussi moins chaleureuse. Mi-raison manque de s’étaler par terre en glissant sur une méduse échouée tandis que résonnent les rires grinçants d’une nuée de corbeaux. Bref, comme avec beaucoup de plages indiennes, il faut venir à Kovalam pour l’ambiance plus que pour le glamour.

Pêcheurs sur la plage de Kovalam, Inde Plage de Kovalam, Kerala, Inde

Nous croisons le responsable du tourisme – c’est écrit sur son uniforme – qui nous salue chaleureusement. La mousson 2018 ayant atteint des niveaux catastrophiques, il devait commencer à s’impatienter de voir revenir les voyageurs étrangers.

Nous rentrons à Trivandrum et, le coucher de soleil approchant, nous dirigeons vers Shankumugham Beach, la plage de la ville. Ici la baignade est interdite à cause de puissants courants mais les locaux viennent tout de même en nombre le soir.

Shankumugham Beach à Trivandrum, Inde

Nous rejoignons donc deux ou trois centaines d’Indiens, assis ou debout sur la longue plage de sable orange, admirant calmement l’horizon, dégustant une glace ou prenant un petit selfie pour immortaliser le moment.

Plage de Shankumugham à Trivandrum, Inde Plage de Shankumugham à Trivandrum, Inde

Juste à côté, un restaurant s’est installé dans une grande et belle maison. Alors que nous prenons place sur la terrasse pour commander des appams (monomaniaques, vous avez dit ?), un déluge s’abat. La moitié de la plage vient s’agglutiner avec nous à l’abri, transformant le paisible restaurant en quai de métro parisien à l’heure de pointe, la convivialité en plus. Ce sera la première et dernière pluie de notre séjour en Inde, mais quelle pluie !

 

Notre avis sur Trivandrum

Cette étape n’est pas incontournable, mais tout de même bien agréable et plutôt calme pour l’Inde. Nous avons bien dit pour l’Inde, n’allez pas croire qu’il n’y a pas de klaxons jour et nuit à Trivandrum ! En tous cas, elle mérite sans peine une journée de visite et permet de découvrir l’Inde en douceur au milieu d’habitants souriants.

Jeunes Indiens joyeux

 

Conseils pratiques pour visiter Trivandrum

Visa indien

L’Inde a récemment mis en place un visa électronique d’une durée de deux mois. Cela simplifie grandement les démarches. Il se remplit en ligne sur le site indianvisaonline.gov.in et (pour les Français) coûte 82$. Il faut juste s’armer de patience pour saisir le long formulaire en anglais pas toujours très clair. Les voyageurs se posant tous les mêmes questions, nous avons trouvé sans mal des réponses sur Google.

L’aéroport de Trivandrum

Attention, il n’y a pas de distributeur de billets dans l’aéroport. Il faut prévoir un peu de cash, en euros ou dollars par exemple, à changer à l’arrivée. Il y a aussi théoriquement un stand qui vend des cartes SIM aux étrangers car, ailleurs, cela peut devenir la croix et la bannière. Mais il est fermé la nuit. Enfin, un stand de taxis prépayés (donc sans négociation) est présent dans le terminal si vous n’avez pas envie de négocier à l’extérieur.

Manger à Trivandrum

Les adresses spécialisées en nourriture d’Inde du Sud telle que les dosas sont légion dans le centre, en particulier sur la MG Road et dans la zone proche du grand temple. Nous avons testé un petit boui-boui vraiment pas cher appelé Annapathi, avec un large choix de dosas, y compris le soir (certains restaurants ne les servent qu’en matinée).

Pour une adresse toujours indienne mais plus proche des normes sanitaires européennes, nous vous recommandons le restaurant Old Coffee House, avec une terrasse agréable donnant sur la plage de Shankumugham. Goûtez notamment les egg appams, délicieux.

Dormir à Trivandrum

Nous nous sommes sentis entre de bonnes mains chez un couple de retraités bienveillants à la Moksha Homestay (~22€)i. La chambre est climatisée et les petits déjeuners sont délicieux. Elle est située à la fois près de l’aéroport et près de la plage Shankumugham. Rejoindre la MG Road ou le temple est très simple en rickshaw et nous n’avons pas regretté de loger à l’écart du centre, au calme.

Se rendre à la plage de Kovalam

Les bus étant en grève, nous nous sommes rabattus sur un rickshaw négocié à 250 roupies l’aller simple.

Mi-fugue, mi-raison À propos de nous

Nous sommes deux fugueurs : nous avons changé de vie pour voyager en continu à travers le monde, sans date de retour. Ce que nous aimons, c'est prendre notre temps. Alors, nous avançons au gré de nos envies, sans nous précipiter. Pour en savoir plus, c'est ici.



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10 réponses à “Trivandrum, tout au sud de l’Inde”

  1. Sego dit :

    C’est peinard de vivre l’Inde tranquillement assise derrière son écran ! On a l’impression de bien sentir l’ambiance !!

    • mifuguemiraison dit :

      Pour le moment il n’y a pas trop de différences avec l’expérience réelle, mais d’ici quelques articles t’auras bien de la chance d’avoir le voyage en Inde sans les odeurs 😄

  2. Martine dit :

    La chaîne des femmes de 620km, nous en avons entendu parler en France.À bientôt.

    • mifuguemiraison dit :

      On l’a nous-mêmes découverte sur les journaux français car on n’était déjà plus dans le Kerala. Impressionnante, n’est-ce pas ?

  3. Polo dit :

    Bravo pour votre article.
    Nous avons passé 4 mois à sillonner l’Inde, ou plutôt les Indes comme on disait autrefois, en long en large et en travers et chaque fois que nous lisons un article de visiteurs sur l’Inde nous découvrons de nouvelles choses.
    Bonne continuation.
    Polo

  4. France dit :

    Bravo pour votre article, nous partons dans 1 semaine, on n’ en peux plus…vos jolies photos et commentaires nous ont transporté. Bientôt notre tour…

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