Mi-fugue, mi-raison

Les rizières de Batad, l’une des merveilles du monde

Publié dans la catégorie Philippines, le 31 janvier 2017

Aujourd’hui, nous avons un petit bijou à vous présenter. Une découverte qui a immédiatement pris sa place dans notre liste des sept merveilles du monde :

Les sept merveilles du monde de mi-fugue mi-raison

 

Mais avant de vous présenter Batad, laissez-nous vous raconter notre arrivée aux Philippines !

 

Manille, la chaotique capitale

Tout juste débarqués aux Philippines, nous sommes excités comme des puces sur un nouveau chien. Sauf que Manille et son manque de charme nous refroidissent rapidement. La capitale semble subir un développement anarchique. De grands immeubles poussent au milieu d’une jungle urbaine mal débroussaillée, et une méchante circulation paralyse les rues du matin au soir. En errant dans le quartier de Makati, notre point de chute, nous finissons par trouver quelques ruelles calmes et colorées qui nous réconcilient avec le pays.

Rue de Manille, Philippines Manille, Philippines

Quant aux Manillais que nous croisons, nous leur trouvons un style moderne et décontracté. Ils parlent un anglais impeccable, mangent au fast-food, travaillent dans les cafés et vivent leur vie sans la moindre curiosité à notre égard. Quel chamboulement en comparaison des Indonésiens que nous venons de quitter !

Notre découverte préférée, après un jour dans le pays, ce sont les extravagantes jeepneys qui égayent les rues :

Jeepney, Philippines

Il y en a des milliers, toutes plus clinquantes les unes que les autres ! L’Armée américaine a laissé derrière elle quelques vieilles jeeps à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, puis les Philippins les ont converties en transports collectifs. Depuis, la tradition perdure et les nouvelles jeepneys sont fabriquées sur le même modèle, avec ce capot digne d’une Rolls-Royce.

 

En route pour Batad !

Nous ne nous éternisons pas à Manille et grimpons dans un bus de nuit en direction du nord, de Banaue plus précisément. Fini le capharnaüm des rues embouteillées, nous débarquons au petit matin, les yeux embrumés, dans un village de montagne tout aussi brumeux.

Banaue, Luzon, Philippines

Sur les conseils de plusieurs voyageurs, nous prenons un tricycle, le tuk-tuk local, pour rejoindre le village reculé de Batad. Les rizières y sont, paraît-il, les plus impressionnantes de la région, du pays, voire du monde. Oui Madame, oui Monsieur, du monde !

La route goudronnée qui mène de Banaue jusqu’à Batad est censée s’arrêter en haut d’un col appelé The Saddle (la selle). De là il faut, selon ce que nous avons lu, marcher pour rejoindre le village. C’est donc ici que nous demandons au chauffeur de tricycle de nous déposer. Nous lui donnons même rendez-vous le lendemain, ce qu’il accepte en nous faisant promettre trois fois de ne pas le laisser tomber.

Une fois notre tricycle reparti, nous découvrons que la route se poursuit désormais. Pas encore jusque Batad, mais ça devrait être bon d’ici un an. Nous sommes les seules andouilles à descendre encore du Saddle à pied ! Nos gros sacs sur le dos et la gadoue par endroits ne nous facilitent pas la tâche. Il nous faudra une heure pour atteindre le village.

Chemin jusqu'à Batad, Philippines Chemin jusqu'à Batad

 

Terrasses avec vue

L’arrivée à Batad est une telle claque visuelle que nous en oublions complètement nos épaules endolories.

Dessin : Batad waouh Rizières de Batad

Un flanc de montagne entier, incurvé comme un amphithéâtre, a été transformé en rizière géante. Un travail de titan, commencé il y a plusieurs millénaires par les Ifugao, l’ethnie de la région.

Nous posons nos affaires dans l’une des guesthouses du village et repartons immédiatement à la découverte des rizières. Il n’est pas question d’en perdre une miette, ou plutôt un grain de riz. De toutes façons, il n’y a rien d’autre à faire à Batad. Le village n’a quasiment pas d’électricité, aucun signal téléphonique et Internet est un lointain concept.

Rizières de Batad, Luzon, Philippines Rizières de Batad, Luzon, Philippines Batad, Luzon, Philippines Maisons traditionnelles à Batad, Philippines Rizières de Batad, Luzon, Philippines

Marcher dans les rizières est amusant mais requiert des talents de funambule. Le principal risque est de glisser dans la gadoue… c’est du vécu. S’aider des mains est nécessaire pour passer d’un étage à l’autre et les murets qui constituent les seuls chemins sont très étroits.

Dessin : Poing Baffe Croche Pied Rizières de Batad, Philippines Rizières de Batad, Philippines

Nous avons ainsi crapahuté dans tous les sens, montant, descendant, remontant, trouvant à chaque instant le paysage plus beau que la minute précédente.

Batad, Luzon, Philippines Rizières de Batad, Luzon, Philippines Rizières de Batad, Luzon, Philippines

Une mamie ramasse des plantes, le linge sèche aux fenêtres, les canards pataugeurs s’enfuient à notre approche, les femmes désherbent les épais murs de pierre, les hommes roupillent… Devant un mode de vie si simple, nous nous sentons propulsés un siècle plus tôt. Les habitants ne surjouent pas leurs traditions pour plaire aux touristes. Il y a fort à parier que la route qui gagnera le village un de ces jours changera l’ambiance.

Rizières de Batad, Philippines Enfants à Batad, Philippines Cuisine ifugao Batad, Philippines Maison traditionnelle à Batad, Philippines Rizières de Batad, Philippines

 

La cascade de Tappiyah

Le lendemain, nous nous levons tôt pour découvrir la cascade au fond de la vallée. Le dénivelé est costaud, mais c’est une belle balade, surtout pour la vue vertigineuse sur la rivière.

Cascade à Batad, Philippines

Un éboulement a récemment rendu une portion du chemin dangereuse. La marche à suivre pour ne pas provoquer un nouvel éboulement en passant est expliquée sur un panneau dont voici une retranscription approximative :

Panneau instructions éboulement Batad

Entre nous, la cascade n’est pas aussi spectaculaire que la route qui y mène. En revanche, les lève-tôt sont récompensés par un arc-en-ciel qui s’efface l’après-midi.

Cascade à Batad, Philippines

Au retour, nous laissons quelques écoliers nous doubler, cartables sur le dos. Il y a pire chemin pour se rendre à l’école, en équilibre sur des pierres, dans l’une des merveilles du monde !

Rizières de Batad, Luzon, Philippines Rizières de Batad, Luzon, Philippines

 

La remontée de la mort

C’est l’heure de regagner Banaue, mais avant cela, le col nous attend ! Au tiers du chemin, en arrivant sur la route goudronnée, des jeepneys proposent de nous ramener directement à Banaue. La tentation est grande mais nous refusons. Nous avons rendez-vous avec notre chauffeur de tricycle au Saddle et nous sommes des gens de parole.

La montée est encore plus dure que nous l’imaginions. Après 1h30 d’efforts, nous parvenons au sommet sous un tonnerre d’applaudissements imaginaires. Nous sommes pile à l’heure pour le rendez-vous.

Montagnes près de Batad, Philippines

Vous l’avez vu venir, n’est-ce pas ? Nous non. Notre chauffeur de tricycle n’est pas là. Il nous a tranquillement posé un lapin, alors que nous venons d’accomplir un exploit sportif (si si) juste pour qu’il ne perde pas sa course !

Dessin : nous sommes énervés
Sur la route vers Batad, Philippines

Désespoir devant une jeepney abandonnée…

À 15h, plus personne ne passe par le Saddle et nous nous demandons bien comment rejoindre Banaue. Il faudra attendre une demi-heure pour qu’une jeepney approche, musique country à fond dans les enceintes ! À l’intérieur, des touristes bloqués à Batad nous expliquent qu’ils ont bataillé ferme pour convaincre le chauffeur de faire un dernier trajet. Nous avons eu chaud !

Avec tout cela, une petite douche ne nous ferait pas de mal mais… nous enchaînons avec une nuit de bus pour rentrer à Manille, puis une nuit sur un ferry pour rejoindre l’île de Coron. Pauvres voisins de couchette.

 

Notre avis sur Batad

Waaooouuuuhhhhh ! Batad est vraiment l’un des plus beaux endroits sur Terre. Dire que nous hésitions à venir car les rizières sont marron et non pas vertes en décembre. Il aurait été dommage de rater cela, d’autant que l’essentiel des autres paysages traversés aux Philippines seront des plages.

 

Conseils pratiques sur Batad

Bus : La compagnie Ohayami propose un bus au départ de Manille, de 22h à 7h, pour 470 Pesos par personne. Le retour est de 19h à 3h30 du matin. Il est préférable de réserver si vous ne voulez pas vous retrouver sur les strapontins de l’allée centrale. Cela peut se faire en ligne ici, moyennant des frais supplémentaires. Prévoir pantalon et pull pour affronter la clim.

Trajet de Banaue à Batad : Nous avons négocié le tricycle à 400 Pesos pour deux. Les deux places dans une jeepney peuvent se négocier à 300 Pesos, mais il n’y en a pas régulièrement.

Hôtel / Restaurant : Les hôteliers de Batad sont habitués à recevoir les visiteurs sans réservation dans des établissements tous très sommaires. Nous avons choisi un peu vite le Ramon’s Homestay qui n’a rien pour lui : zéro confort, gérant désagréable et mauvaise cuisine. Nous sommes allés dîner au resto/hôtel voisin, le Lhorene’s Inn et c’est celui-ci que nous préférons recommander. La nourriture était simple mais soignée, la patronne très gentille et, sans toutefois avoir vu les chambres, l’établissement nous a semblé beaucoup mieux tenu que Ramon. Il n’est pas trouvable sur Internet, mais des panneaux l’indiquent dans le village.

Se déplacer dans Batad : La plupart des touristes visitent Batad à la journée depuis Banaue, avec un guide privé. Si vous souhaitez dormir sur place et vous débrouiller seuls, sachez qu’il est très facile de visiter le village sans guide. En cas de doute, les habitants indiquent volontiers le chemin à suivre.

Mi-fugue, mi-raison À propos de nous

Nous sommes deux fugueurs : nous avons changé de vie pour voyager en continu à travers le monde, sans date de retour. Ce que nous aimons, c'est prendre notre temps. Alors, nous avançons au gré de nos envies, sans nous précipiter, afin de nous imprégner des ambiances particulières à chaque coin du monde. Pour en savoir plus, c'est ici.


14 réponses à “Les rizières de Batad, l’une des merveilles du monde”

  1. J.Claude dit :

    Merci à vous pour ce tres beau reportage.

  2. Bernard & Isabelle dit :

    Nous aussi nous avons fait « waaaaoooouuuuh ! » devant vos photos et éclaté de rire devant le dessin des rizières ! Pas de « passing places » comme en Ecosse… Bravo pour la remontée sportive qui méritait bien un « happy end » !

    • mifuguemiraison dit :

      Éclaté de rire ? Le dessinateur est triste que son travail ne soit pas pris plus au sérieux…
      Non, il n’y a pas trop d’endroits pour se croiser. Peut-être qu’en s’accrochant l’un à l’autre ça passe, mais il vaut mieux s’entendre avec la personne !

  3. Angélique dit :

    Super récit, merci pour le partage d’expérience ! Nous sommes en train de planifier notre tour du monde et Batad est une des étapes. Votre article donne envie !

  4. Claire dit :

    C’est supeeeer beau ! Puis, j’aime toujours autant vos petits dessins 🙂
    Bonne découverte des philippines !

  5. geoffrey dit :

    Leurs greniers à riz rappellent étrangement les horreos des Asturies !
    A quelle étape en sommes-nous de la saison du riz ? Sur certaines photos on aperçoit de jolis champs verts.
    Ils sont impressionnants ces murets.
    Où est ma musique des Philippines ?

    • mifuguemiraison dit :

      Il nous semble que ce sont des maisons traditionnelles et non des greniers à grain. C’était la saison des rizières vides. Les petits champs bien verts sont les jeunes pousses qui seront bientôt repiquées partout.
      Quant à la musique philippine, désolés mais ici c’est le royaume des chansons américaines !

  6. Marie dit :

    Bon et le riz, il est bon ? Ils ont tout mangé, ou tout vendu ? Bon c’est clair, que ça à l’air trop beau, et la « p’tite » marche un bon moyen de sortir des sentiers battus. Dans un endroit comme ça, vous croisez beaucoup de touristes ? Bon, moi j’ai rattrapé mon retard, à quand le prochain article 😉 Biz

    • mifuguemiraison dit :

      Le riz est bon oui, enfin… on n’est pas experts en dégustation de riz !
      Non, il n’y avait pas beaucoup de touristes. On en croise juste de temps à autre, ils sont bien disséminés.
      Ça y est, un nouvel article est en ligne !

  7. Sylvie dit :

    Merci beaucoup pour vos publications Hyper Agréables à lire et à contempler !!! Je voyage avec vous et j’adoooore… A bientôt …

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