Mi-fugue, mi-raison

Premiers pas au Guatemala : Quetzaltenango, alias Xela

Publié dans la catégorie Guatemala, le 1 mars 2018

Comme une lettre à la poste. C’est l’impression que nous avons en faisant appel à l’une de ces compagnies de navettes (« shuttles ») qui quadrillent l’Amérique centrale. Tout va très vite. Nous sommes pris en charge à San Cristóbal de Las Casas, routés et re-routés d’un minibus à l’autre, tamponnés à la frontière mexico-guatémaltèque. En moins de dix heures, nous sommes livrés devant notre auberge à Quetzaltenango.

En route, sur la fameuse panaméricaine, nous n’avons pas perdu une miette de nos premiers paysages du Guatemala : des montagnes aux sommets masqués par les nuages, des vallées bien vertes, des maisons faites de bric et de broc, des paysans sans machines au milieu de leurs maigres champs de maïs… Nous avons aussi repéré une femme dans une belle tenue colorée. Puis deux, puis trois, puis… toutes !

 

Appelez-moi Xela

Nous adoptons rapidement le diminutif de Quetzaltenango, Xela, beaucoup plus simple à retenir.

Xela, donc, n’est pas une ville qui marque spécialement par son élégance. Nous l’avons trouvée ratatinée, déglinguée, poussiéreuse, croulant sous les fils électriques…

Ville de Xela, Quetzaltenango, Guatemala Ville de Xela, Quetzaltenango, Guatemala Ville de Xela, Quetzaltenango, Guatemala Ville de Xela, Quetzaltenango, Guatemala

Il ne serait pas très délicat de notre part d’en vouloir aux habitants. Le pays était embourbé dans une vilaine guerre civile à la fin du siècle précédent et il lui reste bien d’autres problèmes à régler avant de songer à enjoliver ses rues.

Et puis, surprise, nous tombons sur un théâtre dont le style gréco-romain détonne.

Ville de Xela, Quetzaltenango, Guatemala

Nous retrouvons quelques colonnes grecques sur la place principale, autour de laquelle s’articulent les bâtiments fastueux : cathédrale, mairie, galerie marchande, banques. Probable héritage des Mayas, qui regroupaient leurs pyramides et palais en un seul lieu.

Homme à chapeau, Quetzaltenango, Guatemala Ville de Xela, Quetzaltenango, Guatemala Ville de Xela, Quetzaltenango, Guatemala Ville de Xela, Guatemala

Nous remarquons que les Guatémaltèques se promènent beaucoup moins en famille que les Mexicains. Nous croisons soit des hommes seuls, soit des femmes avec enfants. Les loisirs familiaux mettront peut-être encore un peu de temps à se démocratiser. Les loisirs en général, d’ailleurs.

Ville de Xela, Quetzaltenango, Guatemala Habits traditionnels du Guatemala

Nous continuons de nous extasier sur les vêtements bigarrés des femmes. Elles portent souvent une longue bande de tissu tressé dans leurs cheveux, assorti au reste. C’est la première fois, tous pays confondus, que nous voyons d’aussi belles tenues traditionnelles, portées tous les jours, y compris chez les jeunes. Rien que pour cela, le Guatemala vaut la visite !

Habits traditionnels du Guatemala

La raison de ces tenues est à chercher du côté de l’origine des habitants de Xela : 75% d’entre eux sont indigènes, c’est-à-dire restés plus ou moins à l’écart de la culture espagnole. En comparaison, la moyenne du pays est de 40%.

Les hommes en habits traditionnels sont beaucoup plus rares, nous ne croisons que deux papis. Ils portent un long short à motifs colorés, une sorte d’écharpe en guise de ceinture, une chemise épaisse et un chapeau de cowboy. Pour tout vous avouer, nous avons commencé par croire qu’ils étaient restés en pyjamas !

Tenue traditionnelle homme au Guatemala

De cette tenue, les générations suivantes n’ont retenu que le chapeau.

Ville de Xela, Quetzaltenango, Guatemala Ville de Xela, Quetzaltenango, Guatemala

Le cimetière de Quetzaltenango est notre plus grande surprise. Il se révèle à l’image de la ville : désordonné, vieillot, à l’alignement imparfait et aux allées mal entretenues. L’inattendu, ce sont les couleurs chatoyantes, ainsi que la superficie du cimetière. Il recouvre plusieurs petites collines !

Cimetière coloré de Quetzaltenango, Guatemala Cimetière coloré de Quetzaltenango, Guatemala

Remarquez-vous, sur la photo suivante, la montagne en arrière-plan grignotée par les nuages ? Eh bien nous avons l’excellente idée d’y grimper pour admirer… la vue !

Cimetière coloré de Quetzaltenango, Guatemala

 

L’ascension du volcan Santa María

Nous avons beaucoup hésité à entreprendre cette randonnée, ayant lu qu’il s’agissait d’un sacré défi sportif. Finalement, face à la perspective d’assister aux éruptions du volcan voisin depuis le sommet, des ailes nous poussent !

Nous avons rendez-vous à 5h15 du matin avec notre guide Kelsey, une jeune américaine du New Jersey. Un deuxième guide en formation se joint à nous, Adam de Californie. Pourquoi des Américains ? Parce que cette agence est basée sur le volontariat. Une bande de jeunes de toutes les nationalités travaille ici bénévolement, et les profits sont reversés à un orphelinat qui recueille les enfants abandonnés et leur offre une éducation. Nos deux guides sont vraiment tops : drôles, intéressants, tout en étant très pros.

Volcan Santa Maria, Xela, Guatemala Volcan Santa Maria, Xela, Guatemala

Comme prévu, la marche est raide. Pour compliquer cela, nous arrivons rapidement dans un nuage. Il ne pleut pas directement, mais l’humidité à 3000% se condense sur les arbres et forme de grosses gouttes qui nous tombent sur le bec. Évidemment, le chemin en profite pour devenir glissant !

Volcan Santa Maria, Xela, Guatemala

Adam croit au retour du soleil !

Volcan Santa Maria, Xela, Guatemala

Ce n’est pas gagné…

Lupins dans la montagne

Les gouttes s’arrêtent dès que nous passons au-dessus du dernier pin, à l’approche du sommet qui culmine à 3772m. Nous l’atteignons après 3h40 de marche, 1370m de dénivelé et quelques passages un peu compliqués ! Victoire ! La vue à 360° est magnifique ! Enfin, en temps normal, probablement…

Sommet du volcan Santa Maria, Guatemala

Vue sur… rien du tout

Avec ce vent et cette humidité, il fait un froid de canard, pas loin des 0° vus les cristaux de glace qui se forment dans la moustache de Mi-raison. Pourtant, nous croisons là une famille, chantant à tue-tête des incantations. Difficile de dire quels dieux ils prient : indigènes et chrétiens considèrent les volcans du pays comme sacrés. Le nombre de bouquets de fleurs laissés autour de nous témoigne de cette dévotion.

Fleurs sous la pluie Sommet du volcan Santa Maria, Guatemala Roses sous la pluie

Nos guides sortent de leurs sacs une casserole, un réchaud, un excellent petit-déjeuner et même un ukulélé. Saviez-vous que cet instrument était capable d’appeler le soleil ? Après quelques accords, les nuages s’écartent et laissent furtivement passer un rayon. Une minute plus tard, nous avons droit à une large éclaircie d’une dizaine de secondes, tout juste le temps de photographier le paysage avant qu’il ne re-disparaisse dans le coton. Nous en concluons qu’un seul ukulélé n’est pas suffisant pour venir à bout d’une telle chape de nuages.

Ukulélé en randonnée Sommet du volcan Santa Maria, Guatemala Ukulele en haut de Santa Maria

Et le volcan d’à côté, dans tout cela ? S’il était entré en éruption, nous l’aurions forcément entendu. Sauf que, d’après nos guides, son rythme est un peu mollasson ces temps-ci. D’une crise de toux chaque heure il y a quelques années, il serait passé à une toutes les trois ou quatre heures.

Après quarante-cinq minutes de descente, les nuages finissent par disparaître pour de bon et nous obtenons une vue dégagée sur la vallée et la ville de Quetzaltenango. Le chemin, lui, reste bien glissant. Entre deux explications passionnantes sur l’histoire du Guatemala, nos guides nous préviennent : « Ce n’est pas Santa María si tu ne tombes pas au moins une fois sur les fesses. »

Vallée de Xela, Guatemala

Nous apprenons que les États-Unis sont les principaux responsables de la fameuse guerre civile qui a tiraillé le pays pendant plus de trente ans, jusqu’en 1996. Ils ont bricolé en secret la politique du Guatemala, positionné des dictateurs au pouvoir et monté les habitants les uns contre les autres afin de protéger leurs intérêts économiques, en particulier les plantations de bananes. Tout cela pour des bananes…

Ville de Xela, Quetzaltenango, Guatemala

La prophétie se réalise, ce sont quatre paires de fesses marron qui déboulent en bas du sentier. Nous sommes vidés, évidemment déçus par la météo, mais heureux du bon moment et fiers de nous être surpassés. Nous jetons un dernier coup d’œil derrière nous. Ces bougres de nuages n’ont toujours pas lâché le sommet !

Volcan Santa Maria, Quetzaltenango, Guatemala

Le retour s’effectue en chicken bus. Vous connaissez ? Ce sont d’anciens bus scolaires des États-Unis, les mêmes que dans les films, auxquels les Guatémaltèques offrent une seconde vie en tant que transports en commun. Grandes jambes s’abstenir !

Chicken bus au Guatemala

En guise de récompense finale, nos guides nous mènent dans une boutique pour une gourmandise locale : les choco frutas. Prenez une banane épluchée ou un bon morceau de fruit exotique, plantez-y un bâtonnet puis congelez-le, avant de le plonger dans un bac de chocolat fondu. Le chocolat se fige, vous vous retrouvez avec un esquimau au cœur fruité. PS : cette recette ne possède malheureusement aucune propriété contre les courbatures.

 

Notre avis sur Quetzaltenango

Xela n’est pas une ville diablement intéressante ou belle en soi, mais cette première étape de voyage a l’avantage de nous plonger directement dans le Guatemala profond, à l’inverse des lieux plus touristiques qui suivront. Il s’agit d’une bonne base pour grimper sur le volcan Santa María, lorsqu’il daigne sortir des nuages, voire pour se lancer dans les deux jours de trek du volcan Tajumulco, un peu plus éloigné.

Conseils pratiques pour visiter Quetzaltenango

Où dormir à Quetzaltenango : Nous avons dormi dans l’auberge de jeunesse The Black Cat (~20€)i, que nous ne conseillerions qu’aux backpackers économes. Notre chambre était triste, voire un peu sale, et nous étions souvent réveillés par le bruit. Un point positif tout de même : le superbe petit-déjeuner compris.

Pour vos réservations de logements, jetez un œil au comparateur HotelsCombinedi qui indique les meilleurs prix pour une date donnée, toutes plateformes de réservations confondues (Booking, Expedia…). Les différences de tarifs pour un même hôtel sont souvent loin d’être négligeables.

Restaurants : Il y a plusieurs bonnes adresses à Quetzaltenango, pas évidentes à trouver en se promenant au hasard des rues :

  • El Pasaje Mediterraneo : des tapas à l’espagnole, pas données mais finalement très copieuses. Soyez prévenus, n’en commandez pas beaucoup !
  • Xela Green : un bon restaurant végétarien. La serveuse est aux petits soins, la nourriture est simple mais fraîche et savoureuse.
  • Sabores de la India : même s’il est étrange de trouver un restaurant indien ici, nous y avons dégusté notre meilleur repas !

Boire un verre ou un café :

  • Le bar Casa Nativos : une terrasse agréable pour prendre un verre, avant le coucher de soleil par exemple, avec vue sur la montagne au loin. La musique (pourrie) gâche un peu l’ambiance.
  • Café Baviera II : un grand et beau café flambant neuf, superbement décoré, qui sert aussi des petits déjeuners et des snacks.

Grimper sur le volcan Santa María : Plusieurs agences organisent cette randonnée. Nous sommes passés par l’agence Quetzaltrekkers, avec la satisfaction de savoir que notre argent aide à sortir les enfants des rues, un gros sujet au Guatemala. Le tarif est de 300Q par personne. Il est possible de monter sans guide mais c’est déconseillé car l’absence d’indications sur le terrain n’aide pas et le mauvais temps peut rendre l’expérience dangereuse. À vous de voir. L’ascension est bien physique, mais tout à fait réalisable avec de la volonté. Prendre un bâton aide beaucoup ; l’agence en prête. Ne pas prévoir grand-chose les jours suivants : nous avons crié à chaque pas (même sur du plat !) pendant deux jours.

Venir à Quetzaltenango depuis San Cristóbal de Las Casas (Mexique) : De nombreuses agences, ainsi que la plupart des hôtels de San Cristóbal, vendent des billets de shuttle. Le tarif est de 350 pesos pour Xela, mais il est aussi possible de rejoindre Atitlán ou Antigua. C’est long (9h30), mais assez confortable et bien organisé. Réserver deux jours à l’avance devrait suffire. À la frontière, comptez 500 pesos de frais de sortie du Mexique (en espèces), si vous êtes restés plus de sept jours dans le pays. Bon à savoir : si vous avez conservé la carte d’embarquement de votre vol vers le Mexique, vous pouvez la présenter pour en être exempté. Le bureau d’immigration guatémaltèque demande quant à lui 25 pesos.

Mi-fugue, mi-raison À propos de nous

Nous sommes deux fugueurs : nous avons changé de vie pour voyager en continu à travers le monde, sans date de retour. Ce que nous aimons, c'est prendre notre temps. Alors, nous avançons au gré de nos envies, sans nous précipiter. Pour en savoir plus, c'est ici.



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10 réponses à “Premiers pas au Guatemala : Quetzaltenango, alias Xela”

  1. Constance dit :

    Aaah Xela! Je ne sais pas vraiment pourquoi mais c’est une des étapes que j’ai préféré au Guatemala, pourtant on n’y a pas faut grand chose à part errer de chicken bus en chicken bus.

    Je reste ultra déçue pour vous pour le volcan. Et dire qu’en allant au Guatemala je m’imaginais grimper un volcan tous les deux jours…mais le santa Maria a l’air aussi (plus) difficile que l’Acatenango. Faudra que je revienne en meilleure forme pour tenter l’ascension.

    • mifuguemiraison dit :

      Pareil, on a beaucoup aimé cette étape, pourtant pas la plus belle, pourtant pas la plus joyeuse. Ça doit être l’atmosphère.

      L’ascension du Santa Maria est plus raide que celle de l’Acatenango, et plus boueuse aussi. En revanche les sacs sont plus légers, ça aide ! On a un peu de mal à comparer les deux parce que la première ascension nous a bien préparé les jambes pour la deuxième !

  2. Mais quel magnifique article ! si la ville en elle même n’est pas si intéressante, qu’est ce que ça doit être pour les autres ! je me serais crue dans un film, j’ai adoré cette ambiance, ce mysticisme à fleur de peau, ces couleurs, cette brume… je crois que ce pays m’appelle <3

    • mifuguemiraison dit :

      Merci beaucoup ! C’est vrai que c’est le genre d’endroits qui nous plongent tout de suite dans une ambiance bien particulière. Allez, laisse le pays t’appeler 🙂

  3. geoffrey dit :

    Ah les montagnes du Guatemala ! Je suis fan.
    J’ai raté le cimetière de Xela qui semble valoir le coup !
    Et je me sens un peu coupable de vous avoir conseillé la montée du volcan Santa Maria… Un de mes meilleurs souvenirs, mais il faisait beau.
    Les Etats-Unis n’ont pas seulement foutu le bordel au Guatemala, mais dans quasiment tous les pays d’Amérique Latine. Vraiment. Et aussi en Asie, au Moyen-Orient…
    On vient bien la différence entre le Mexique et le Guatemala dans la différence de prix à payer à la frontière !

    • mifuguemiraison dit :

      Oui, nous aussi on garde un très bon souvenir de ces montagnes du Guatemala. Il y a une belle ambiance un peu mystérieuse. On ne se sent pas facilement chez soi dans ce coin du monde, ce qui est peut-être lié à la nature pudique des descendants des Mayas, à leur façon de rester un peu en retrait. Mais ça n’est pas pour nous déplaire, bien au contraire !

      À bientôt dans les mêmes montagnes du Guatemala, près d’un lac !

  4. Marie dit :

    Bon, j’ai démarré le Guatémala, en effet, article qui met dans l’ambiance, je me suis évadée en tricotant !! C’est ça qui est sympa, c’est de tirer le positif de toutes situations !! et c’est le cas dans cet article. Et un peu de sport, ça ne fait pas de mal 😉 Bon, je lirais le suivant demain !! Biz

    • mifuguemiraison dit :

      C’est clair qu’on s’est vraiment sentis dépaysé au Guatemala, comme hors du temps. On essaye de transmettre ça dans les articles. C’est bon signe si tu t’es évadée !

      Quant au volcan, oui voilà, rien que pour le sport on était heureux de l’avoir fait, et ça nous a mis en jambes pour le volcan suivant 😉

  5. Patricia dit :

    hola, me revoilà. Je ne me lasse pas de ce beau pays. Le cimetière dans cette ville valait effectivement quelques photos. Vous avez fait une sacrée « grimpette » !

    Je rejoins la réflexion de Geoffrey, les Etats Unis ont foutu un sacré bordel dans cette région du monde…et ailleurs aussi. En plus ça continue : bientôt les élections au Mexique, l’enjeu est de taille, alors…
    Hasta luego

    • mifuguemiraison dit :

      Re-salut !

      Oui, une sacrée grimpette qui nous a laissés tout courbaturés le lendemain !

      Ah les Américains, avec leurs gros souliers… Bizarrement cette partie de l’histoire est assez peu connue, ou en tous cas personne ne nous l’apprend à l’école. Quant au Mexique, on a effectivement vu les premières affiches de campagne et on espère un dénouement heureux car les Mexicains méritent mieux !

      Hasta pronto!

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