Mi-fugue, mi-raison

Eghegnadzor et Noravank : paysages dorés et monastère adoré

Publié dans la catégorie Arménie, le 27 novembre 2018

Il était une fois une petite ville sans prétention, dans un petit pays sans prétention. Bienvenue à Eghegnadzor, huit mille habitants au compteur, oasis urbaine au cœur de collines asséchées par le soleil, première étape de notre voyage en Arménie.

Carte : Eghegnadzor en Arménie

 

Bienvenue en Arménie !

Tout démarre par le train de nuit qui relie Tbilissi, la capitale de Géorgie, à Erevan, sa consœur d’Arménie. Notre wagon-lit, clairement d’une autre époque, est couvert d’inscriptions en russe et nos compagnons de compartiment ne parlent pas un mot d’anglais. Même la cheffe de wagon teste sur nous ses phrases russes, lorsqu’elle ne fume pas sous le panneau d’interdiction de sa cabine.

À la frontière, vers 23h30, notre premier contact avec l’Arménie toque à la porte du compartiment. Un petit monsieur surmonté d’un grand képi vient s’asseoir sur notre lit, pose un très vieil ordinateur sur ses genoux et commence à tapoter. Il déroule les questions d’usage, note les réponses, colle longuement le passeport à notre oreille pour vérifier la ressemblance et tamponne enfin, avant de repartir en esquissant un sourire.

Dessin : douanier arménien qui nous souhaite la bienvenue dans le train

Puis, réveil brutal à 6h du matin. La cheffe veut déjà récupérer nos draps. Dehors, les paysages ocre, presque roses, ne laissent qu’une place anecdotique à la verdure tandis que les premiers rayons du soleil illuminent le sommet enneigé du volcan Ararat.

À 7h, notre train entre en gare. Ici aussi, le russe s’affiche partout, vestige d’un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître. Montmartre en ce temps-là… Hein ? Pardon ? Oh mais oui, c’est bien La Bohème qui s’échappe des hauts-parleurs ! Nous débarquons en Arménie le jour du deuil national en hommage à Charles Aznavour.

Drapeau Aznavour en Arménie

Nous reviendrons visiter Erevan un peu plus tard. D’abord, nous allons jeter un œil au sud du pays. Nous grimpons dans une marshrutka en direction d’Eghegnadzor. La capitale disparaît bien vite, laissant notre minibus rebondir sur une route de campagne cent fois rafistolée.

Nous comprenons, aux sourires de nos co-passagers, que les touristes sont rares. Le voisin de Mi-raison se met en tête de lui apprendre trois cents mots d’arménien tandis que celui de Mi-fugue partage la cérémonie d’hommage à Aznavour, diffusée depuis Paris, sur l’écran de son smartphone. Il ne nous aura pas fallu bien longtemps pour apprécier les Arméniens, leur air gentil et leurs yeux pétillants !

 

Eghegnadzor, une ville bien paisible

La bourgade d’Eghegnadzor n’a rien de spécial en elle-même. Voilà, c’est dit. Mais notre première étape calme et ensoleillée nous ravit. Les passants marchent tranquillement, prennent des nouvelles les uns des autres, esquissent un petit sourire à notre égard, tandis que le bitume troué sert de piste de slalom à d’innombrables Lada sans âge.

Ville d'Eghegnadzor, Arménie

Nous posons nos affaires dans une grande maison d’hôtes, où nous sommes seuls trois nuits durant. Voyager hors saison a ses avantages. La gérante nous bichonne : elle nous sert des petits déjeuners gargantuesques, coupe régulièrement une grappe de raisin pour nous l’apporter et nous inonde de noix fraîches.

D’habitude, nous ne pensons pas à allumer les télévisions, mais un pressentiment nous vient et se confirme. Charles Aznavour est sur toutes les chaînes : en chanson, en interview, en film, en journal télévisé… considéré comme un héros national, pour avoir porté les couleurs et les douleurs arméniennes sur le devant de la scène à l’étranger.

Lada à Edghegnadzor en Arménie

Alors que nous nous promenons dans les rues d’Eghegnadzor, nous sympathisons avec un boulanger qui nous montre son four traditionnel, assistons à un concerto en Hello mineur depuis les fenêtres de l’école, admirons la vieille grande roue désaffectée du parc central, nous voyons offrir des pommes…

Dessin : Arméniens qui demandent si on aime leur pays

Du peu que nous en avons vu, totalement ! Et encore, nous n’avons qu’entraperçu les ocre silhouettes des collines avoisinantes. Il est temps d’aller y jeter un œil de plus près.

Ville de Yeghegnadzor, Arménie

 

Le monastère de Noravank et un petit verre de vin à Areni

Nous réalisons un peu déçus que les transports en commun ne pourront nous aider à explorer les environs et n’avons d’autre choix que de demander les services d’un taxi. Pour notre tout premier monastère arménien, Noravank, nous tombons sur Achoud, un chauffeur bien sympathique. Sans un seul mot d’anglais, il parvient à nous expliquer que la grande fête annuelle du vin a justement lieu ce samedi à Areni, la ville la plus proche de Noravank.

Géorgiens comme Arméniens sont convaincus d’avoir inventé le vin. Qui croire ? Achoud tient à nous accompagner dans la rue principale du village où s’alignent les stands de production familiale et paye une tournée. Verdict : le vin, surprenant, mêle un bon goût de fruit et de frangipane.

Fête du vin à Areni, Arménie

Les vendeurs ne se contentent pas de proposer leur nouveau millésime. Toute la production du jardin y passe : pommes, citrouilles, fruits secs, vodka aux fruits, miel, confitures… Au centre de la fête, nous retrouvons Charles Aznavour à la sono. Des petits drapeaux sont même distribués en son hommage. Décidément !

Fête du vin à Areni, Arménie Fête du vin à Areni, Arménie

Nous reprenons la route au fond d’un étroit et sinueux canyon, à l’heure où le soleil doré sublime les couleurs déjà chaudes des parois. Un type de paysage que nous n’avions pas retrouvé depuis les gorges d’Aït Mansour au Maroc. Au bout, deux églises sobres et lumineuses, parfaitement intégrées au décor.

Monastère de Noravank, Arménie Monastère de Noravank, Arménie

Il y a foule, or ce ne sont pas des touristes, uniquement des Arméniens. La visite des monastères du pays nous a tout l’air d’une occupation familiale pour le weekend et celui de Noravank pourrait bien être l’un de leurs favoris.

Monastère de Noravank, Arménie Paysages près de Yeghegnadzor et Noravank, Arménie

La religion qui prédomine en Arménie est, vous l’aurez compris, le christianisme, mais d’une branche orthodoxe un peu à part appelée apostolique. Nous commençons à nous y perdre légèrement !

 

La forteresse de Smbataberd et le caravansérail de Selim

Le lendemain, changement de direction. Nous trouvons un nouveau taxi pour nous emmener à Smbataberd, une forteresse située à une vingtaine de kilomètres d’Eghegnadzor. Nous commençons à découvrir que l’histoire arménienne est un méli-mélo d’invasions, de victoires et de défaites, de reconquêtes autour de royaumes oubliés et d’empires disparus.

Le taxi nous laisse au pied d’une colline et pointe son sommet. C’est parti pour une heure et cinq cents mètres de grimpette sous un soleil d’octobre encore bien présent. Si les visiteurs étaient nombreux la veille à Noravank, ils ne se pressent pas ici. Nous ne croisons en tout et pour tout que les deux dames ci-dessous :

Forteresse de Smbataberd, Arménie

La forteresse en elle-même n’est pas très intéressante. Sa rénovation semble avoir été faite à la truelle, en bétonnant les murs et en retirant tout ce qui dépassait. En revanche, nous sommes les heureux bénéficiaires d’une vue à 360°, sur de petits villages en contrebas et un paysage au relief inhabituel.

Forteresse de Smbataberd, Arménie Forteresse de Smbataberd, Arménie

Smbataberd semble bel et bien imprononçable imprenable. La légende raconte cependant qu’une armée est parvenue à faire capituler ses occupants en utilisant un cheval assoiffé. Pourquoi ? Pour débusquer la canalisation secrète qui apportait l’eau !

Pour les courageux, un chemin de 3km poursuit jusqu’à un monastère. Mais nous, nous avons un taxi qui nous attend. C’est reparti en direction du Caravansérail de Selim. Les caravansérails, peu courants dans nos contrées, sont des sortes d’auberges, de haltes pour les caravanes, particulièrement présentes le long de la route de la soie.

Dessin : le MacDonald'serail

Le caravansérail de Selim se trouve sur un col de montagne à 2400m d’altitude et il fêtera bientôt ses sept cents ans. Il a étonnamment bien traversé les siècles et les tremblements de terre. Encore une fois, ce sont surtout les paysages qui nous en mettent plein la vue. Un constat récurrent en Arménie !

Caravanserail de Selim, Arménie Route vers le Selim Pass en Arménie Route de montagne, Selim Pass, Arménie

Notre chauffeur retrouve ici deux amis qui vendent aux passants leurs confitures, vodkas et autres herbes à infuser. Nous reconnaissons des tchourtchkhelas géorgiennes, sauf qu’ici ces confiseries s’appellent soudjouk, comme en Turquie. Ou plutôt devrions-nous dire en Arménie occidentale. Nous aurons l’occasion de vous reparler de la triste histoire arménienne…

Vendeurs de rue, Caravanserail de Selim, Arménie

 

Notre avis sur Eghegnadzor

Nous aimons bien démarrer la visite d’un pays par une petite ville afin de nous imprégner de l’ambiance et Eghegnadzor a parfaitement rempli cette tâche. L’étape n’est pas incontournable, mais elle permet de couper la route jusqu’à Goris et Tatev et de profiter un jour ou deux des superbes paysages dorés de la région.

Conseils pratiques pour visiter Eghegnadzor et les alentours

Trajet d’Erevan à Eghegnadzor : Les marshrutkas (minibus) ne partent pas d’un terminal, mais de ce point précis, à quelques kilomètres du centre. C’est tout de même relativement simple. Empruntez le métro jusqu’à la station Gortsaranavin et marchez 200m en direction du rond-point. Les marshrutkas partent dès qu’elles sont pleines, soit environ toutes les 30 minutes. Il semblerait qu’elles ne circulent que le matin. Prix 1300 drams, durée 2h.

Dormir à Eghegnadzor : Nous avons séjourné à la guesthouse B&B Hasmik (~22€ la chambre double)i.  Elle est tenue par une femme (Hasmik) qui s’applique dans tout ce qu’elle fait. La chambre est très propre, il est possible d’utiliser gratuitement la machine à laver ainsi que la kitchenette et le centre-ville n’est qu’à cinq minutes à pied. Le petit déjeuner est compris, avec confitures du jardin. Le dîner proposé en option, en revanche, est un peu cher pour ce qu’il est (4000 drams par personne).

Restaurants : Les choix sont limités à Eghegnadzor et nous étions heureux d’avoir une kitchenette. Nous avons tout de même testé le café Aygi, situé dans le parc près de la grande roue. Il sert des snacks corrects et la serveuse est sympa, comme tout le monde dans cette ville !

Se déplacer autour d’Eghegnadzor : Les transports en commun arméniens sont pratiques pour se rendre d’une ville à une autre. Ils le sont beaucoup moins pour rejoindre les points d’intérêt touristiques. Nous nous en sommes sortis ailleurs dans le pays, mais à Eghegnadzor nous avons dû nous rabattre sur les taxis :

  • Taxi pour Areni + Noravank, réservé auprès de la guesthouse : 6000 drams. L’entrée du monastère est gratuite, comme pour tous ceux du pays.
  • Taxi pour Smbataberd + Selim, trouvé dans la rue : 10000 drams, temps d’attente inclus.

Une règle implicite à connaître, lorsque vous négociez avec un taxi, est que le temps d’attente n’est pas compris. Le chauffeur vous demandera d’ajouter, à la fin, environ 1000 drams par heure.

Train de nuit de Tbilissi à Erevan : Ce trajet n’est pas réservable en ligne. Il faut se rendre au guichet de la gare centrale de Tbilissi dans les trente jours qui précèdent et régler en espèces. Le train roule toutes les nuits en haute saison, les jours impairs le reste de l’année, c’est-à-dire entre fin septembre et mi-juin. Comptez de mémoire environ 40 Laris géorgiens en 3e classe (6 lits par compartiment), 60 Laris en 2e (4 lits) et 85 Laris en 1ère (2 lits).

Nous avons quitté Tbilissi à 20h20 et passé le contrôle migratoire géorgien à 22h30. Ils prennent tous les passeports puis reviennent les rendre. À 23h30, c’est le passage de la frontière arménienne avec un défilé d’uniformes dans le wagon, mais rien de bien méchant. Arrivée en gare d’Erevan à 7h.

Il est également possible de passer de la Géorgie à l’Arménie grâce à l’un des nombreux bus de jour.

Mi-fugue, mi-raison À propos de nous

Nous sommes deux fugueurs : nous avons changé de vie pour voyager en continu à travers le monde, sans date de retour. Ce que nous aimons, c'est prendre notre temps. Alors, nous avançons au gré de nos envies, sans nous précipiter. Pour en savoir plus, c'est ici.


6 réponses à “Eghegnadzor et Noravank : paysages dorés et monastère adoré”

  1. Audrey dit :

    Encore un chouette article,qui dépeint vraiment bien l’ambiance de l’Arménie automnale.
    On reconnaît bien aussi le petit douanier du train avec son ordi vétuste et dodu … En revanche il y a bien des draps et des cloisons en troisième classe! 😉

    • mifuguemiraison dit :

      Ah zut, heureusement que t’es là ! On a corrigé, merci. Oui, c’est vraiment sympa l’Arménie en automne, c’est une saison qui va bien au pays !

  2. Virginie dit :

    En voilà encore un chouette pays à explorer. Les paysages sont pile à mon goût. ( j’adore les montagnes pelées 😊) en plus les couleurs semblent très douces.
    Et que dire du charme des trains de nuit…
    Bonne continuation.
    Virginie

    • mifuguemiraison dit :

      Salut Virginie !
      Oui, les paysages dans ce coin d’Arménie était vraiment sympas. Ce sont les couleurs d’automne, on imagine que le soleil d’été est beaucoup moins doux, il faut bien choisir sa saison.
      Quant aux trains de nuit, c’est vrai qu’on aime bien l’ambiance, les vieux wagons, le ballotement qui berce… En Europe en tout cas, car en Inde où on est en ce moment, les trajets de nuit sont un peu plus épicés !

  3. Constance dit :

    C’était chaud et doré. La petite église qui se fond dans le décor est superbe, mais je ne pensais pas que ce serait aussi rocailleux. On se croirait vraiment dans Indiana jones!

    • mifuguemiraison dit :

      C’est vrai qu’on imagine bien l’Arménie cacher quelques reliques puissantes dans ses monastères oubliés… une mission pour Docteur Jones !

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