Mi-fugue, mi-raison

Himarë, au cœur de la Riviera albanaise

Publié dans la catégorie Albanie, le 12 janvier 2020

La Riviera albanaise, voici un nom qui résonne comme la promesse d’un littoral grandiose ! Surtout lorsque l’on découvre en photo le turquoise de ses plages. Seulement voilà, quelques échos négatifs sont arrivés à nos oreilles. Ce coin de paradis se retrouverait bondé l’été. Il se serait même bétonné à grande vitesse au cours des dernières années. Finalement, après avoir longuement hésité et bien failli ne pas nous y arrêter du tout, nous prévoyons deux nuits à Himarë pour nous faire une idée.

Et réhydrater par la même occasion nos maillots de bain qui s’assèchent au fond du sac.

Carte Riviera albanaise

 

 

Premier aperçu de la côte : trajet de Llogara à Himarë

Alors que nous guettons le prochain bus pour quitter Llogara, un couple d’Anglais propose de nous prendre en stop. Avec nos sacs à dos dodus, nous leur rappelons leur jeunesse, nous expliquent-ils ! Les paysages démarrent en fanfare juste après le col de Llogara, avec vue sur toute la côte jusqu’aux terres helléniques.

Mer et montagne à Llogara en Albanie

La suite des paysages maintient le niveau élevé. Le béton n’est pas aussi omniprésent que nous le redoutions. Certes, les stations balnéaires prospèrent, des villages de vacances sortent de terre, les parasols pullulent sur les plages… mais, juste derrière, des collines vertes et sauvages s’ébattent en liberté.

À 14h, nous remercions nos généreux British et sommes accueillis dans notre logement d’Himarë avec… des verres de raki, l’alcool local. Ils sont fous ces Albanais !

Dessin : canicule + raki = nous voilà rouges comme le drapeau albanais

 

Himarë : la ville, la plage

Après avoir retrouvé notre couleur d’origine, nous découvrons la mini ville d’Himarë. Elle n’a rien d’incroyable, nous arpentons une station balnéaire classique avec des glaciers submergés de clients, des enfants qui promènent des bouées plus grandes qu’eux et des bâtiments en travaux à gauche et à droite.

Plage d'Himarë en Albanie

Rien n’est bling-bling, au contraire, l’ambiance est joyeuse et familiale, avec des touristes venus de tous horizons et plus particulièrement d’Europe de l’Est. Après tout, la côte adriatique pour un Polonais représente l’équivalent de la Côte d’Azur pour un Britannique : la mer chaude la plus proche.

En guise de Promenade des Anglais, Himarë possède une esplanade refaite à neuf, agrémentée d’arbres, de manèges pour enfants et de machines de boxe pour adultes. Juste derrière, la plage est bondée. Comme en Italie, de grands pans sont privatisés par des bars qui louent leurs transats et poussent le volume sonore. Heureusement, la portion publique est suffisamment large pour tout le monde. En serrant un peu.

Plage d'Himara en Albanie Vacances sur la côte albanaise

La concurrence est si rude que les habitués laissent leur parasol planté dans le sable toute la nuit pour s’assurer une place le lendemain. Ce qui donne ceci à 5h30 du matin :

Plage d'Himarë et parasols

 

Randonnée le long de la Riviera albanaise : de Gjipe à Himarë

Quelle mouche nous a piqués pour être dehors si tôt ? Eh bien nous avons décidé de randonner et nous adaptons notre planning face à la canicule. Nous prévoyons de grimper dans le premier bus vers la plage de Gjipe et rentrer à pied en longeant la mer sur quinze kilomètres.

Bus qui… ne passera jamais. Probablement parce que nous sommes dimanche, nous renseignent une poignée de papis albanais, attablés en terrasse. Oui vous avez bien lu, ils sont déjà dehors à prendre le café à 5h30, à se demander s’ils n’ont pas passé la nuit ici. Par chance, notre plan B déboule au coin de la rue, un taxi.

Après douze kilomètres sur la route principale, il s’engouffre sur la piste qui descend vers Gjipe Beach. Mais plutôt que d’aller jusqu’au parking du fond, nous lui demandons de nous laisser à mi-chemin. Ici se cachent quelques belvédères sur une grande gorge appelée canyon de Gjipe. Nous vous conseillons d’y jeter un coup d’œil, il est plus impressionnant en vrai qu’en photo. La lumière est douce, le calme est olympien, la beauté des paysages achève de nous réveiller !

Canyon de Gjipe en Albanie

Un sentier nous mène ensuite à la crique de Gjipe. Nous la pensions secrète, elle se révèle recouverte de parasols à louer, entrecoupés de tentes et de 4×4 garés n’importe où. Zut alors !

Crique de Gjipe beach Plage de Gjipe en Albanie

Les cinq heures de randonnée qui suivent alternent entre de superbes sentiers en pleine nature au-dessus d’une eau limpide et de difficiles retours à la civilisation chaque fois que nous croisons l’une des plages bondées de la Riviera.

Coucou les paysages magnifiques :

Randonnée sur la côte albanaise Montagne près de la côte albanaise

Coucou la plage de Jalë, avec son énorme bar, sa sono à fond et ses voitures de luxe garées à l’entrée :

Plage de Jalë en Albanie

Coucou la crique accessible uniquement par bateau :

Plage à l'eau turquoise en Albanie

Coucou la plage de Livadhi :

Plage de Livadhi en Albanie

La plage de Livadhi ne nous séduit guère plus que celle de Jalë. Elle nous fait l’effet d’un terrain vague géant, rempli de voitures, de panneaux « parking pas cher », de bars de plage sans âme, de parasols payants et tiens… d’un bunker !

Bunker sur la plage à Livadhi

Heureusement, à l’extrême gauche de la plage, la nature reprend le dessus et éponge nos sueurs froides.

Enfin, la courte partie entre Livadhi et Himarë est sans doute notre préférée, avec ses rochers difformes, ses coins d’ombre, quelques maisons abandonnées et toujours cette eau turquoise spectaculaire. Rien que pour elle, nous sommes heureux de découvrir la côte albanaise.

Randonnée de Gjipe à Himarë Mer turquoise de l'Adriatique en Albanie

Surgit un léger problème en toute fin de randonnée, lorsque nous passons près d’égouts qui empestent et rejettent tout… dans la mer ! Conseil : si vous venez sur la plage d’Himarë, baignez-vous le plus au sud possible.

 

Une grimpette au château d’Himarë

La ville d’Himarë est en réalité scindée en deux. Au pied de l’eau, la partie moderne où nous logeons. Deux cents mètres plus haut, la partie ancienne, surnommée « château d’Himarë ».

En fin de journée, tandis que la température décline, nous nous attaquons aux quarante-cinq bonnes minutes de montée qui y mènent. Le trottoir n’est pas large et les voitures nous pétaradent dans les narines, mais une fois en haut… nous oublions tout !

Château d'Himarë sur la colline

Ce château est en réalité un minuscule hameau de vieilles maisons, de ruelles plus ou moins abandonnées et d’arbres en fleurs. C’est poétique au possible !

Vieux village d'Himarë en Albanie Ruelle du château d'Himara en Albanie

Nous sommes seuls avec quelques femmes locales, tout de noir vêtues, prenant la fraîche face au panorama sur la plage d’Himarë.

Vue panoramique de la plage d'Himarë

Le château offre également une vue sur l’arrière-pays, tout en courbes vertes, que nous imaginons bercé par le champ des cigales.

Ruines du vieux Himarë en Albanie Montagnes près d'Himarë en Albanie

Qu’elle est belle, l’Albanie profonde ! À moins que… ce ne soit un peu la Grèce. Une école couverte de lettres grecques nous met la puce à l’oreille.

École grecque à Himara en Albanie

Eh oui, Himarë est une enclave grecque. Du moins pas officiellement, mais elle dispose d’une forte communauté. Voici résolu le mystère des restaurants de souvlakis dans la partie basse de la ville et des mamies en noir.

Dessin : un papi grec à Himarë en Albanie

 

Notre avis sur Himarë et la Riviera albanaise

Le littoral albanais est clairement victime de son succès. Nous ne sommes pas fans de stations balnéaires et nous n’avons pas mis toutes les chances de notre côté en nous y rendant en plein mois de juillet, avec la chaleur et la foule. Pour les points positifs, nous ne nous attendions pas à une mer aussi limpide, ni à autant de nature et de collines verdoyantes partout où l’humain n’a pas encore pavé de routes.

Au final, nous conseillons la région soit aux grands fans de plages devant l’éternel, soit en basse saison où l’expérience est certainement toute autre.

Conseils pratiques pour visiter Himarë et la côte albanaise

Venir à Himarë

Nous avons été déposés en stop, mais des bus desservent toutes les villes de la côte depuis Tirana ou Vlora, avec Saranda pour terminus. Renseignez-vous auprès des locaux concernant les horaires.

Où dormir sur la côte albanaise

Sachez que les logements sont nettement plus chers sur la côte qu’ailleurs en Albanie, surtout en haute saison. Ils sont même complets longtemps à l’avance car beaucoup de touristes s’y installent pour deux ou trois semaines.

Séjourner à Himarë est à notre avis une bonne option. Le tourisme y est familial et l’ambiance bon enfant, tandis que la vieille Himarë permet de s’échapper temporairement de la frénésie touristique. Si vous êtes à pied et que vous souhaitez visiter les alentours, cette ville est assez centrale. En voiture, la question ne se pose pas, puisque les distances sont courtes. Choisissez donc avant tout un logement qui vous plaise, par exemple dans les villes et villages de Dhërmi, Porto Palermo, Qeparo. Certaines plages comme Jalë et Livadhi proposent également des logements, mais nous avons l’impression que l’ambiance s’y limite à la sono des bars.

Après de longues recherches, c’est sur Airbnb que nous avons trouvé notre chambre d’hôtes (~41€ petit déj compris)i, confortable et bien située, à 2 min à pied de la plage publique d’Himarë. Si celle-ci est déjà prise, les hôtes proposent cinq autres chambres avec plusieurs terrasses partagées et vue sur la mer. Et si vous n’avez pas encore de compte Airbnb, passer par notre lien de parrainage vous fera économiser 28€ sur votre première réservation.

Où manger à Himarë

Nous n’avons pas retrouvé ici le savoir-faire culinaire albanais. Ni grec, d’ailleurs ! L’accueil est sympathique, les terrasses agréables, mais la nourriture sans plus. Voici deux adresses que nous avons testées :

  • la Taverna To Steki : une belle terrasse sous les arbres, avec des guirlandes lumineuses et de la musique grecque traditionnelle. La nourriture est grecque également.
  • la Lefteri’s Tavern : une cuisine davantage internationale qui met en avant les fruits de mer, mais avec quelques options végétariennes tout de même. Des fruits (de terre) sont offerts en dessert, la bonne idée.

Conseils pour randonner sur la côte albanaise

Pour notre longue randonnée de Gjipe à Himarë (15km, 5h30), nous nous sommes inspirés de cet itinéraire Wikiloc, que nous avons reproduit en sens inverse et auquel nous avons ajouté le canyon de Gjipe. Ce n’est pas la plus belle rando de notre vie, mais elle propose quelques passages ravissants. Le premier bus vers Gjipe est censé partir d’Himarë à 5h30 devant cette banque, sauf le dimanche visiblement. Les suivants sont à 7h, 7h30 et 9h (à confirmer car tout peut changer). Le taxi nous a demandé 1500 leks (les taxis ne sont pas donnés en Albanie, en comparaison du coût de la vie).

Note : en arrivant à Jalë, le gros bar de plage a détruit le chemin de randonnée pour construire son parking. Ne tentez pas de descendre côté mer, ça tombe à pic. Cherchez plutôt le muret du parking qui vous permettra de rejoindre le chemin.

Que voir ailleurs sur la Riviera albanaise

Depuis Himarë, nous pensions nous promener à pied jusqu’à la forteresse de Porto Palermo et le vieux village de Qeparo, mais la canicule a eu raison de notre témérité. Nous les avons aperçus en repartant, ils sont jolis, cependant privilégiez le bus car aucun trottoir n’est prévu pour les piétons.

Plus au sud, nous avons réalisé un changement à Saranda, la grande ville du coin. C’est la plus bétonnée de la côte, mais Elsa, qui y a vécu, fournit plein de conseils sur son blog pour la visiter au mieux. Il s’agit aussi d’une base pratique pour faire un saut au site archéologique de Butrint.

Enfin, au nord de la Riviera, nous avons adoré prendre un bol de fraîcheur et nous éloigner de la foule dans le parc national de Llogara.

Mi-fugue, mi-raison À propos de nous

Nous sommes deux fugueurs : nous avons changé de vie pour voyager en continu à travers le monde, sans date de retour. Nous avançons au gré de nos envies, sans nous précipiter. Pour en savoir plus, c'est ici.


Vous souhaitez nous remercier pour les conseils du blog et nous encourager à continuer ? Voici diverses manières de le faire.

6 réponses à “Himarë, au cœur de la Riviera albanaise”

  1. Edith & Marc dit :

    Que l’eau apparaît belle, transparente et colorée.

  2. Marie dit :

    Et alors, vous vous êtes baignés à chaque plage, ça donne vraiment envie, avec cette couleur… Est-ce qu’ils enlèvent les parasols aux autres saisons? Et vous n’avez pas tenté de randos à l’intérieur des terres, il doit y avoir de belles rivières aussi ?
    Même la plage à bateaux à des parasols… Et la température en bord de mer ? et celle de l’eau ?
    Biz

    • mifuguemiraison dit :

      Quand on voyait les belles petites criques c’était d’en-haut, sans chemin pour les rejoindre. Mais sur les plages plus grandes c’est hyper simple de se baigner et on en a bien profité ! Oui, en dehors de l’été les transats et parasols disparaissent de la côte albanaise ! La région doit retrouver tout son charme.
      En juillet on avait bien chaud, environ 35° à l’ombre. La température de l’eau on ne saurait pas te dire précisément : chaude ! (surtout pour des Normands)
      On n’a pas randonné le long des rivières mais c’est à creuser. On a vu plein d’itinéraires dans tous les sens en Albanie sur les sites de rando, y compris dans les terres. Mais les sentiers ne sont quasiment jamais balisés, il faut préparer la balade.

  3. sandra dit :

    Quel plaisir de vous lire! Je viens d’enchaîner les 4 articles… Nous y étions en juillet 2019 aussi, alors je m’y crois à nouveau.. C’était un très chouette voyage en tous cas… Nous avons gardé un super souvenir du nord (Shkodra, Valbona Teth)… si vous ne l’avez pas vu, il faudra y retourner!

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